Des herbes aromatiques made in BHV

Sur le toit du grand magasin parisien, un espace d’agriculture hors sol est en cours d’aménagement.  

Depuis les quais de Seine et en se hissant sur la pointe des pieds, à partir de la fin de l’été, on pourra apercevoir un espace vert sur le toit du Bazar de l’Hôtel de Ville. Pas moins de 22 000 plants sont en cours d’installation sur les 1 500 m2 de toit du grand magasin parisien; avec l’espoir de reproduire le succès des cultures “Paris sous les fraises” installées depuis un an sur le toit des Galeries Lafayettes, enseigne du même groupe.

C’est donc au tour du BHV de mettre le pied à l’étrier, le grand magasin du Marais investit 300 000 euros dans ce projet de trois ans. Les 22 000 plants seront disposés en culture verticale, sur des échafaudages de 2m30 de haut et pesant une quarantaine de kilos par mètre carré. L’installation des plantes en elle-même nécessite donc au préalable 600 000 euros de travaux d’étanchéité et d’isolation. “Nous devons nous adapter à un bâtiment vivant, dans lequel des milliers de personnes passent chaque jour”, explique Yohan Hubert, directeur de Cultures Hors Sol et responsable du projet.

Green Washing ou réelle conscience écologique? 

Cet investissement colossal est entièrement pris en charge par le BHV, avec la volonté de faire du magasin “un magasin responsable, le department store le plus responsable du monde”, explique Alexandre Liot, le directeur. Une ligne de conduite en symbiose avec les annonces récentes de la maire (PS) de Paris. Anne Hidalgo s’est engagée au début du mois de mars à “offrir à la culture d’ici à 2020 cent hectares de végétalisation du bâti”. Le BHV assure néanmoins n’avoir reçu aucune participation financière de la part de la mairie de Paris et garantit mener un projet “apolitique”.

Mais comment rentabiliser une parcelle maraîchère en ville ? Impossible de produire fruits et légumes et d’organiser des livraisons en camionnettes, “c’est chronophage et ça pollue”,  explique Yohan Hubert. Le cultivateur choisit donc les herbes aromatiques: “Nous ne disposons pas d’hectares et d’hectares, donc il faut sélectionner les bons produits: qui sont peu encombrants et qui produisent énormément.” En bout de chaîne, la confection de confitures originales aux fines herbes: “Il fallait un produit que les Parisiens ne trouvent pas ailleurs et qui ait une très forte valeur ajoutée”, poursuit Yohan Hubert.

L’accès au jardin réservé à certains salariés 

Pour les habitants du quartier, pas de balade champêtre en perspective, les 1460 m2 de culture ne seront pas accessibles au public. Les clients attablés au Perchoir, le bar panoramique du septième étage du BHV, n’auront eux non plus aucune vue ni aucun accès aux plantations. Seuls certains salariés du groupe en profiteront, une salle de réunion en plein air sera installée au milieu des cultures, entre leurs bureaux. Seul espoir d’admirer les récoltes sur le toit : des caméras pourraient être installées près des plants pour retransmettre sur des écrans, dans le magasin, le processus de culture.

A défaut de mettre les pieds dans l’herbe, les Parisiens pourront déguster les produits de leur quartier, une fois transformés. Les fines herbes du IVe arrondissement entreront dans la composition des Confitures Parisiennes, une petite marque branchée montée par “deux nanas qui ont bien la pêche” décrit Yohan Hubert. Si les partenariats peuvent encore évoluer, le responsable du projet insiste sur la volonté de travailler en circuit court, sans intermédiaires et localement.

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Le toit plat de 2200 mètres carrés est adapté aux cultures hors sol – Crédits: JD

Des végétaux aussi sains que ceux de la campagne

Pour Yohan Hubert, le projet est déjà un petit pas : “Même si ce n’est pas accessible, l’idée est de faire renaître des corridors biologiques dans la ville, des trames vertes que nous avons supprimées depuis des décennies, des relais où les insectes peuvent subsister et l’écosystème s’entretenir.” Et ce même si pour le moment, avoue-t-il, les bienfaits pour l’homme restent indirects. Il s’agit donc surtout d’une initiative pédagogique visant à sensibiliser et à encourager le développement de la culture hors sol à Paris. La direction du BHV négocie en ce sens avec la mairie de Paris pour organiser des sorties éducatives pour les élèves des écoles environnantes.

Faire pousser des végétaux dans un environnement fortement pollué ne présente aucun risque sanitaire, selon les responsables de Culture Hors Sol, qui gèrent le projet. Ils ont réalisé plusieurs tests sur les fraises produites sur le toit des Galeries Lafayettes depuis un an: “On a testé les métaux lourds mais aussi tous les pesticides, les 400, pas seulement les trois qu’on nous impose de tester, rien n’a été trouvé.” Ces plantes posséderaient par ailleurs les mêmes propriétés nutritives que celles de nos campagnes.

Joséphine Devambez

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