Marque de vêtements, virilisme et violences… Loïk Le Priol ou le GUD nouvelle génération

Loïk Le Priol est le fondateur de la marque « Babtou solide certifié », des vêtements créés par des Blancs, pour des Blancs. Il est aussi membre du GUD, impliqué dans une affaire d’agression en octobre 2015. Portrait.  

Il habille les nouveaux visages de l’extrême droite.  À 22 ans, Loïk Le Priol s’est fait connaître comme un petit entrepreneur nationaliste : en janvier 2016, le jeune homme a fondé avec sa petite amie, Louise Boucher, la marque de streetwear « Babtou solide certifié ». A travers ces vêtements, le couple entend revendiquer la virilité du «babtou», verlan de « toubab », terme péjoratif pour désigner un Blanc en Afrique de l’Ouest. « Depuis tout petit, j’entends cette expression de « babtous fragiles » pour parler des faibles, des gens efféminés, explique Loïk Le Priol à StreetPress. On a décidé de faire l’opposé pour valoriser les gens qui sont virils.» Le message est encore plus clair sur leur site :

« Alors bouge ton cul de ta chaise, soulève de la grosse fonte, commence à distribuer des bourres-pifs de forains même pas bourrés quand on s’en prendra à ton honneur et à ta dignité, apprends ta putain d’Histoire en lisant des bouquins aussi gros que les couilles de tes ancêtres, bombe le torse, lève les yeux, regarde bien le ciel et rejoins enfin ta destinée, deviens un babtou solide certifié ! »

 « Babtou Solide Certifié », la marque nationaliste qui cartonne à l’extrême-droite

Loïk Le Priol arbore  le look « babtou solide certifié »: épaules et mâchoires carrées, coiffure soignée et rasage de près. Il a rejoint les rangs de l’armée avant sa majorité et y a passé cinq ans. Avant, Loïk Le Priol avait fait ses armes pendant quelques années à l’École des Mousses de la marine nationale. Pas vraiment un profil de fashionista, donc.

Pourtant, la marque lancée il y a deux mois fait déjà un tabac chez les sympathisants d’extrême-droite. Parmi ses figures de proue , la fille de Frédéric Châtillon, ancien président de l’organisation étudiante Groupe union défense (GUD) et conseiller de Marine Le Pen, son ex-femme, Marie d’Herbais, présentatrice historique du « Journal de bord » de Jean-Marie Le Pen, les frères Vidal, proches de Renouveau français, de l’Action française et membres du GUD…

En janvier dernier, Julien Rochedy, ancien directeur du Front national jeunesse, le général Piquemal et David et Gael Rougemont, deux Calaisiens qui avaient braqué un fusil sur une manifestation de réfugiés, ont également posé avec un tee-shirt « Babtou Solide » sur le dos. A chaque fois fourni par la marque.

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David et Gaël Rougemont en « Babtou Solide Certifié », capture d’écran du Facebook de la marque.

« On a décidé de les [David et Gaël, ndlr] certifier Babtou Solide parce que leur acte nous a paru solide, explique Loïk Le Priol à StreetPress. À partir du moment où un homme va au bout de son action, c’est un grand homme. Ce sont ces grands hommes qui ont fait grandir la France et qui ne sont pas des tièdes. »

Un «rat noir» nouvelle génération

Loïk Le Priol et ses amis ne sont pas non plus des «tièdes». Malgré ses dénégations lors de l’interview donnée à StreetPress, les liens du modeux avec le groupe d’extrême-droite ultraviolent GUD ne sont plus à prouver. En 2012, déjà, Reflexes publiait un reportage photo sur la manifestation du GUD contre le « droit de vote des étrangers ». Parmi les manifestants, on distingue nettement Loïk Le Priol derrière ses lunettes noires. Plus subtil : sur sa page Facebook, il se surnomme « Loïk Jaihudet » : jai-hu-det, comme les initiales phonétiques du GUD, donc.

Avec les « rats noirs », comme se surnomment les membres du GUD, Loïk Le Priol partage non seulement son nationalisme, mais aussi son culte du virilisme et de la violence. En octobre dernier, il a été mis en examen pour coups et blessures : dans la nuit du 8 au 9 octobre, en compagnie du leader du GUD, Logan Djian dit « le Duce », et de trois autres militants, il est accusé d’avoir passé à tabac Edouard Klein, l’ex-président du syndicat étudiant d’extrême-droite passé au FNJ.

« J’ai déjà buté plus d’un mec »

L’agression a été filmée par Loïk Le Priol lui-même, et Mediapart s’est procuré ces vidéos, dont il a publié des extraits le 21 mars 2016. On y voit les « rats noirs » tabasser leur ancien camarade pour une raison obscure (il aurait « trop parlé », sans qu’on sache de quoi ni à qui), le tout sous une avalanche d’invectives. On entend notamment Loïk Le Priol lui crier : «T’es qu’une merde… […] C’est toi l’idole du fascisme ? C’est toi le patron du GUD ? Mais t’es personne, regarde-toi ! Allez lève-toi, assume pour une fois ! Porte tes couilles ! […] T’es un putain de Français, vas-y assume ! […] Le peu de Français que t’avais en toi n’as même pas porté ses couilles . »

Frappé, humilié, Edouard Klein est traîné dans sa chambre et forcé à se déshabiller par Logan Djian et Loïk Le Priol. On entend l’ancien militaire le menacer de le « pendre » avec son foulard, et se vanter d’avoir déjà « buté plus d’un mec ». Sur l’une des vidéos, affirme Mediapartqui a choisi de ne pas la publier, il place un couteau sous la gorge de l’ancien directeur du GUD, en hurlant : « Le coupe-gorge, ça va très vite, tu sais ? » A la fin de la dernière vidéo, ils forcent Edouard Klein à danser la Macarena, totalement nu, en le menaçant de poster la vidéo sur Youtube.

La victime atterrit à l’hôpital, et dépose plainte le lendemain. Le 14 octobre, des interpellations ont lieu et le parquet de Paris ouvre deux jours plus tard une information judiciaire pour « violences aggravées » avec préméditation, usage d’une arme en réunion, et entraînant une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. Parmi les cinq agresseurs mis en cause, Marianne révèle que deux sont mis en examen et placés en détention provisoire : Logan Djian et Loïk Le Priol.

Le 3 novembre, un arrêt de la chambre de l’instruction ordonne leur libération en contrepartie du paiement d’une caution de 25 000 euros chacun. Dix jours plus tard, les deux militants sont libres. Selon Mediapart, les enquêteurs s’interrogent sur l’origine de cette somme, qui pourrait être liée à une société créée par Axel Loustau, trésorier de Jeanne, le micro-parti de Marine Le Pen, conseiller régional FN et responsable du FN dans les Hauts-de-Seine.

Développer des marques « identitaires »

Lié au GUD et au Front national, Loïk Le Priol est le symbole de l’échec de la normalisation de l’extrême-droite, qui ne parvient pas à se détacher de ses éléments violents.

Une violence symbolique, tout d’abord. Sous couvert d’humour, « Babtou solide certifié » surfe sur une vague identitaire qui frôle le suprématisme blanc. Les créateurs, les mannequins, les clients sont des « babtous » : c’est une marque de streetwear créée par des Blancs, pour des Blancs.

« A mon sens, cette nouvelle marque illustre une nouvelle fois la volonté des milieux d’extrême-droite de développer des marques « identitaires », analyse Gildas Lescop, doctorant en sociologie à l’université de Nantes et auteur de la seule thèse dédiée au mouvement skinhead en France. Il rappelle qu’historiquement, les milieux d’extrême-droite ont beaucoup emprunté au style skinhead, avec la diffusion très médiatisée du phénomène naziskin. Le but étant de créer une sorte de commerce identitaire et communautariste en maniant des signes d’identification et d’inter-reconnaissance à peine codés.

La culture de la violence

«En France, les initiatives ont été relayées sur des sites identitaires comme Fdesouche, poursuit Gildas Lescop. Voilà par exemple le style de message que l’on pouvait trouver sur ce site : ‘Je suis un jeune artisan français et créateur d’une nouvelle marque de vêtement, la première marque de vêtement identitaire française. J’aurais voulu savoir s’il était possible de m’aider à me faire connaitre car je viens de lancer le site de la marque il y a moins d’une semaine.’ On y trouvait également de la publicité pour la marque ‘mon petit polo français’ en tant que produit ‘made in France’. La marque ‘Babtou solide certifié’ s’intègre aussi dans ce ‘commerce de niche’. C’est une forme de sous-culture d’extrême-droite.»

Quelle qu’en soit la forme, la violence reste consubstantielle à cette sous-culture d’extrême-droite. Elle fait partie de l’arsenal idéologique des militants nationalistes – même s’ils sont créateurs de mode. L’agression d’Edouard Klein n’est que l’un des nombreux faits d’armes présumés du GUD. Jeudi 31 mars, lors des manifestations étudiantes contre le projet de loi El Khomri à Lyon, des membres du GUD sont soupçonnés d’avoir « tendu un guet-apens aux manifestants dans le cours Albert Thomas, armés de casques de motos et de batons». Selon l’Unef Lyon, plusieurs manifestants et étudiants de Lyon 3 ont été blessés. De son côté, le GUD s’est vanté sur sa page Facebook d’une « victoire des rats noirs […] face aux antifas et la racaille ».

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Quatre ans plus tôt, toujours à Lyon, des Anonymous avaient hacké le compte mail de Steven Bissuel, le leader du GUD lyonnais. Le compte-rendu des réunions révélé était édifiant : parmi les credo, «un bon gauchiste est un gauchiste à l’hôpital ».

Depuis la création du GUD en 1968, rien ne semble avoir changé. La nouvelle génération de «rats noirs» qu’incarne Loïk Le Priol a reçu le flambeau de la violence en héritage.

Marine Jeannin

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