« Green Bird » : Nettoyer les trottoirs pour sensibiliser les Parisiens

Ce dimanche 20 mars sur la place de l’Opéra, ils sont une centaine de bénévoles affublés de maillots verts. La scène est inhabituelle : sur le rythme endiablé d’une fanfare de jeunes étudiants, les “petits oiseaux verts”, comme ils se surnomment, ramassent mégots, ustensiles et papier laissés à l’abandon sur les trottoirs.

Pinces à la main, Sophie ramasse des mégots de cigarette tombés dans les cavités des trottoirs de la place de l’Opéra. Les genoux fléchis, cette femme de 43 ans ronchonne dans son écharpe : « C’est pas croyable, il y a plein de poubelles quand même ! » Elle a l’habitude de « râler tout le temps contre la saleté, mais parler ne fait pas avancer les choses ». Alors aujourd’hui, cette habitante du 17e arrondissement a choisi de venir nettoyer la place de l’Opéra avec l’association Green Bird, persuadée de pouvoir changer les mentalités : « Peut-être qu’à force de nous voir, les gens réfléchiront à deux fois avant de jeter par terre. »

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cc. Laurine Benjebria

Initiée en 2007 par des expatriés japonais, l’association organise tous les mois un rendez-vous pour ramasser les déchets dans un quartier de Paris ou de proche banlieue. Yoshiko Inaï, responsable de la branche parisienne, travaille dans la finance, mais voue son temps libre à Green Bird. « Si je m’investis autant,  c’est parce que j’y crois vraiment, explique-t-elle. Il faut sensibiliser les Parisiens à la propreté de l’environnement urbain, surtout les enfants. »

Sensibiliser plus que nettoyer

Aujourd’hui, les expatriés japonais ne sont plus les seuls bénévoles. Place de l’opéra, ce sont aussi des enfants, des étudiants ou des retraités qui sont venus en grand nombre pour débarrasser le lieu de ses nombreux déchets. Depuis octobre, Thierry ne se sépare plus des sacs plastiques de l’association. Ce Savoyard de 25 ans appréhendait son déménagement dans la capitale, qu’il jugeait et juge encore « sale et puante ». « Je sais qu’on ne va pas régler le problème en une heure, reconnaît-il. C’est plus de la sensibilisation que du nettoyage en profondeur, les gens s’arrêtent pour observer nos gestes. »

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cc. Laurine Benjebria

Les bénévoles de Green Bird ne veulent pas pour autant prendre la place des agents municipaux, mais être en complément aux actions de la mairie qui a annoncé en février un plan de « renforcement de la propreté ». Ce rendez-vous mensuel ne suffit pas pour tout nettoyer, mais permet aux bénévoles de regarder autrement leur ville. « Hier, il y avait un paquet de chips par terre, avant je l’aurais laissé mais là je l’ai ramassé et jeté à la poubelle », confie Raphaël. A tout juste 18 ans, cet étudiant en prépa littéraire tente de sensibiliser ses amis, leur montrer que la ville n’est pas un dépotoir. Depuis janvier, il est tous les mois au rendez-vous de Green Bird, avec ses deux acolytes, Lionel et William, également étudiants. Epiant leurs amis qui ont pris place sur le trottoir d’en face, les trois jeunes hommes essaient de remplir le plus possible leurs sacs poubelles. « On fait une compétition amicale, expliquent-ils. Le mois dernier, une fille avait un sac rempli au maximum, alors qu’elle était seule ! Du coup, ce mois-ci, on veut faire mieux ! »

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cc. Laurine Benjebria

Des trottoirs propres pour un esprit léger

Contrairement à eux, les “oiseaux verts” ne se connaissent pas tous, mais se parlent spontanément. Quelques uns dansent au rythme de la fanfare. Dans leurs sacs, mégots, sacs en plastique ou en papier, ustensiles ou aliments jetés pêle-mêle sur les trottoirs. Et des mégots. En octobre dernier, la ville a augmenté l’amende pour les fumeurs indélicats à 68 euros, mais pourtant, ce dimanche, dans les bénévoles ont ramassé bon nombre de cigarettes. Et pourtant, sur la place de l’Opéra, les poubelles ne manquent pas : installées tous les 100 mètres, celles-ci sont loin d’être remplies ce week-end.

Mais les bénévoles de Green Bird sont optimistes. Depuis quelques mois, l’association fait parler d’elle, c’est ce qui explique le grand nombre de bénévoles aujourd’hui. Preuve de son succès, Yoshiko n’a pas assez de balais et de pinces. Alors, aujourd’hui certains ont apporté leur propre matériel. D’autres sont venus avec leur poussette, ce qui fait sourire Yoshiko. « C’est important de montrer aux enfants que c’est mal élevé de jeter par terre, et de voir que des parents viennent avec leurs enfants, c’est beau. »

Ce dimanche, de nombreux passants s’attardent, curieux de voir le ballet des “oiseaux verts”, les remerciant parfois d’agir pour la propreté de la capitale. « C’est une action intéressante, confie Philippe, présent par hasard sur la place. On en a besoin, mais de là à les rejoindre, je ne suis pas vraiment motivé. » Il ne fera peut-être pas partie des prochains bénévoles en avril, mais il n’en reste pas moins que le bouche-à-oreille fonctionne. Ce dimanche, ils étaient 100 sur la place de l’Opéra. Un record, d’après l’association.

Laurine Benjebria

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