Libéralisation des autocars : un démarrage en douceur

Sur la livrée des autocars de la compagnie Megabus, à la gare routière de Paris-Bercy, on ne peut pas rater la promesse. « A partir de 1 € », promet la grande pièce de monnaie peinte en jaune sur les flancs du véhicule. Sur le quai, installés sur les bancs en béton, valises à portée de main, Nina et Andreï somnolent en attendant de pouvoir monter à bord. Les deux sexagénaires, qui vont retrouver leur fille à Strasbourg, redoutent un peu les sept heures de trajet qui les attendent. Habitués au train, c’est la première fois qu’ils prennent l’autocar. La raison ? « On paie un euro par personne, alors que le train nous aurait coûté plus de 100 euros chacun », explique Nina.

Le prix attractif est l’une des raisons pour lesquelles le réseau d’autocars interurbains a été libéralisé. Fin 2014, en pleine promotion de son projet de loi sur la croissance et l’activité, Emmanuel Macron avait plaidé, à sa façon, en faveur de cette mesure. Grâce à elle, « les pauvres voyageront plus facilement » avait alors argumenté le ministre de l’Economie. Ce nouveau service semble être apprécié des voyageurs. Entre août et décembre 2015, plus de 770 000 personnes ont été transportées selon un rapport de l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (ARAFER), le gendarme du secteur et de nombreuses lignes ont été ouvertes.

Deux tiers des sièges vides

Et le trafic semble encore s’intensifier. Un responsable de Megabus reconnaît que « depuis quelques temps les liaisons sont plus nombreuses et les cars plus remplis ». Mais actuellement, toutes compagnies confondues, les deux tiers des sièges restent vides selon l’ARAFER. A la gare routière de Bercy, les autocars au départ comme à l’arrivée sont loin d’être pleins à craquer. Sur un quai, quelques dizaines de personnes embarquent pour Toulon. On est loin de la bousculade. En cause, « un développement très important du nombre de lignes » et une forte concurrence entre les sept opérateurs qui existent sur le marché : en effet, environ un tiers des lignes sont en concurrence. Pas de panique pour autant : une spécialiste de l’autorité de régulation estime que le taux d’occupation de 32 % est « plutôt bon, alors que le marché n’existe que depuis août 2015 ».

Un secteur qui monte en puissance

Grâce à une notoriété grandissante, le secteur devrait encore monter en puissance. « Le marché va encore croître, c’est certain, même si c’est encore un peu tôt pour faire des estimations », estime-t-on à l’autorité de régulation. Directement ou indirectement, « entre 10 000 et 16 000 emplois » devraient être créés à terme, selon cette même source. Là encore, s’il faut encore patienter avant de tirer des conclusions, le départ semble être encourageant : près de 1 000 emplois ont été créés en 8 mois.

Mais ces trajets à prix cassés représentent aussi un risque pour les compagnies : une rentabilité trop faible pourrait faire souffrir certaines d’entre elles. Le secteur pourrait se consolider dans les années à venir avec, à la clé, une hausse des prix. Moins de compagnies, donc une offre en diminution : la promesse de trajets à un euro pourrait bien ne plus être tenue.

Hadrien Bect

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