Alex Dutilh : « J’ai connu une époque où le jazz était une musique intello »

Producteur et animateur de l’émission Open Jazz sur France Musique, Alex Dutilh a découvert le jazz pendant ses études en droit en 1968, avant de devenir journaliste et photographe à la revue Jazz Hot entre 1972 et 1980, puis de fonder et diriger pendant plusieurs années le magazine Jazzman. Ce grand passionné nous explique comment les clubs de jazz parisien ont changé depuis sa jeunesse.

Comment le public des amateurs de jazz a-t-il changé ces dernières années ?

Il s’est féminisé. Il y a de plus en plus des musiciennes et des femmes dans le public. J’ai tendance à dire qu’il s’est un peu démocratisé aussi. J’ai connu une époque où le jazz était une musique intello. Le public était éduqué, un peu maniaque, un peu intransigeant, borné. Tout ça est devenu un peu plus ouvert. Et puis il y a plus de styles de jazz qu’il n’y en a jamais eu. Tout ce brassage a décomplexé les gens. Du coup, je vois un public très diversifié.

Est-ce que chaque club de jazz a un public différent ?

Il y a une sociologie des lieux de jazz. Par exemple, aujourd’hui je vais au Duc des Lombards, le club le plus cher. Je vais voir plutôt des gens de 50 ans. Après je vais à l’Ermitage écouter un jeune pianiste. L’Ermitage est dans le 20ème arrondissement, l’entrée n’est pas chère, donc la moyenne d’âge va être de 35 ans maximum. Si on va au Sunset/Sunside, c’est entre les deux. Si on va au Café Universel, où l’entrée est gratuite, c’est encore plus jeune. Donc aujourd’hui la barrière de l’argent équivaut à celle de l’âge pour le public.

La situation a changé pour les musiciens ?

Jusqu’à la fin des années 1960, les musiciens américains solistes venaient et trouvaient des accompagnateurs sur place. Ils restaient une semaine ou plus sur le même endroit et jouaient tous les jours. Aujourd’hui ça n’existe plus. Au maximum les gens font deux jours sur un lieu. Changer le programme tous les jours rend la communication et la publicité plus compliquée pour les clubs.

Pour le public aussi, l’ambiance n’est plus la même ?

A l’époque, on buvait du whisky et les clubs étaient enfumés. C’était des lieux de drague. Les gens y allaient pour plein de raisons mais pas forcément pour la musique. Aujourd’hui, on ne fume plus.

Mais alors, quel est l’avantage de sortir dans un club ?

L’intérêt du club, c’est la proximité, le contact avec des musiciens. Dans le jazz, ils sont très abordables. Il n’y a aucune barrière entre eux et le public : après avoir joué, ils restent pour discuter. Quand on va dans un concert dans la philharmonie, le musicien part dès que c’est fini. J’aime bien que ce soit un endroit convivial. Sinon, il vaut mieux rester chez soi et écouter un disque.

Qu’est-ce qui fait un bon club pour vous ?

Un accueil sympa. Il faut aimer le gens pour faire ce métier. Je déteste aussi les clubs de jazz qui servent du mauvais vin. Le Duc des Lombards a fait un effort là-dessus, donc j’y amène des personnes avec plaisir, parce que je sais que même si la musique est moyenne, on va passer un bon moment.

Et alors, quel est votre club préféré aujourd’hui ?

L’Ermitage, parce que c’est dans un quartier populaire. Il y a une vraie scène avec des tables et un balcon où on peut grignoter et boire un coup. C’est une salle conviviale avec une vie de quartier. Mais ce n’est pas celle où je vais le plus souvent. Par contre, je trouve les salles du Sunset/Sunside mal foutues, celle du Duc des Lombards c’est pire. Le Baiser Salé est minuscule. J’aime bien le New Morning, il est le bon compromis entre tout. Le son est bon, la visibilité est correcte… donc je mettrais l’Ermitage en premier et le New Morning en deuxième.

 

 

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