Ecrivains : une passion plus qu’une profession

Du 17 au 20 mars, se tenait le Salon du livre, porte de Versailles. Des centaines de stand d’éditeurs, allant des célèbres Gallimard, Pocket, aux inconnus éditeurs locaux. A cette occasion, le ministère de la culture a dévoilé une étude qui montre combien il est difficile pour un auteur de vivre de sa plume. Témoignages d’écrivains dans les allées du Salon.

Sur l’artère principale du salon, deux stands se font face. D’un côté, les prestigieuses éditions Pocket, de l’autre, les éditions HC. D’un coté, la foule se presse et fait la queue aux signatures. De l’autre, Laurent Ladouari. Il regarde avec envie le stand d’en face, et attend le lecteur qui voudra bien prendre la peine de venir le découvrir.

Cette scène est commune au salon du livre. Pour le dire net, il y a les stars et il y a les autres. Laurent Ladouari est un écrivain qui comme plus de 95% de ses confrères ne vit pas de sa plume. Au début, il semble minimiser. En poète il lance : “Non je ne veux pas vivre de ma plume, créer n’est pas un métier”. Son vrai métier, c’est d’être consultant pour le gouvernement sur l’économie numérique. Mais très vite, il évoque une situation inconfortable. La profession d’écrivain se vit souvent à temps partiel. “Personne ne vit de sa plume !” dit-il avec un brin d’agacement. Son dernier livre, L’Or des Malatesta, n’est pas rentable : “oui c’est grave !”. Laurent ne fait pas ça pour l’argent, mais la rentabilité sur le temps investi lui semble un minimum.

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Laurent Ladouari se lance dans une saga, en parallèle de son métier de consultant. credit : Julien Tranié

Ecrivain : une vocation qui peine à se transformer en profession.

Au salon, des écrivains comme Laurent Ladouari, il n’y a qu’à se baisser pour les cueillir. Ils posent un jour de repos et viennent se montrer porte de Versailles. « Aujourd’hui, écrire est une vocation vue comme un loisir » explique Amoreena Winheler, thérapeute nantaise, auteur de biographies intimistes. Les auteurs sont lucides, le succès ça ne sera sans doute pas pour eux.

 

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Infographie réalisée grâce aux données de l’étude du ministère de la culture.

*Agessa : Organisme qui assure la protection sociale des écrivains.

Amoreena n’est pas écrivain de métier, mais plutôt « une petite auteur qui fait ça juste pour se faire plaisir ». Elle est publiée aux éditions Ego comme X, qu’elle ne blâme absolument pas pour les maigres droits d’auteur qu’elle reçoit. Et d’ailleurs, Jean, son éditeur, est très remonté contre « un système qui court à sa perte ». « La chaîne du livre marche sur la tête ! 70% du prix du livre ne va ni à la fabrication, ni à l’auteur ». Selon lui, la recette du succès se serait de mettre directement l’auteur en relation avec ses lecteurs par l’outil numérique. Il déplore aussi une production toujours plus grande, pour un lectorat qui augmente, lui, bien moins vite.

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Amoreena et Jean auteur et éditeur collaborent main dans la main pour pouvoir faire vivre des biographies intimistes. crédit : Julien Tranié

> Pour en savoir plus : Les conditions d’indemnisation des écrivains, comment sont attribués les droits d’auteur

Pour vendre en tant qu’auteur : adopter des stratégies.

Cependant, si l’on veut vraiment vivre de sa plume, il faut « persévérer » selon Pierre Crevoisier. Lui, est journaliste à la radio suisse : une profession courante pour les écrivains. Pour Pierre, « il ne faut pas se focaliser sur les grands éditeurs français. L’important, c’est que le livre existe. » Ensuite, il faut communiquer : « le bouche à oreille marche bien. Mieux que les signatures. C’est aussi pour ça que je viens discuter au salon du livre ». Son petit livre : Mes trous de mémoire, fut un relatif succès d’édition en Suisse (1500 exemplaires). Mais, ce succès il le doit aussi à son investissement sur les réseaux sociaux avec sa page Facebook publique, ou encore des vernissages dans des lieux excentriques. Celui de son dernier bouquin ? « Dans un magasin de meuble ! ça a attiré du monde ». Tout est une affaire de communication. Pierre « abordait les gens en leur demandant s’il avaient une bonne assurance vie », une manière d’engager la conversation.

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Ecrivain à succès, Jean-Paul a réussit grâce à un prix littéraire. Il travaille toujours à mi-temps chez Orange. crédit : Julien Tranié

Et puis il y a la manne. Ce qui peut vous faire passer d’écrivain de quartier aux grands écrivains de plateaux télé. Jean-Paul Didierlaurent n’en est pas encore là, mais son dernier livre : Le liseur du 6 h 27, se vend déjà à 65 000 exemplaire. Ce qui a fait son succès ? Les concours et prix littéraires. Il remporte le prix Hemingway des éditions du Diable Vauvert, ce qui lui vaut d’être propulsé comme écrivain phare de la maison d’édition. Pourtant, Jean Paul Didierlaurent ne vit pas totalement de sa plume. Il est à mi-temps chez Orange, bien conscient que pour vivre de son oeuvre, des livres comme son dernier, il faut en écrire un par an. Il fait cette confidence pleine de promesse : « l’objectif c’est d’en vivre, mais soyons raisonnables »

Julien Tranié

 

 

 

 

 

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