Maraude, madeleines et jeux de société… une nuit d’hiver avec les sans-abris

Parfois couverts d’à peine quelques pull-overs, les sans-abris passent les nuits d’hiver à la merci du froid et des maladies. Des associations essaient de rendre leurs vies plus supportables. Reportage à Paris entre une maraude et une « soirée solidaire ».

Malgré la douceur de cet hiver, passer la nuit dans la rue reste une expérience éprouvante. Le vent et l’humidité font baisser la sensation thermique à des niveaux insupportables : chercher un hébergement devient un enjeu pressant. A Paris, des jeunes bénévoles leurs prêtent main forte avec un repas, une chambre, et parfois même, une simple conversation. Nous avons passé la soirée du 11 février avec eux.

Prière et maraude dans le 6e 

18 heures. Dans un salon du Centre Sèvres, l’université jésuite du 6ème arrondissement de Paris, des hommes et des femmes se recueillent, les yeux fermés. Entourés de sacs remplis de madeleines et de thermos, ils prient. « Nous sommes catholiques, mais nous n’imposons pas notre religion aux sans-abris. C’est notre manière de vivre notre foi », m’explique Caroline, membre de l’organisation.

La maraude est surtout un moment de rencontre avec le prochain, poursuit-elle. Les gâteaux et l’eau chaude sont une excuse pour parler. Ainsi, nous savons de quoi ils ont besoin, et nous leurs offrons un peu de chaleur humaine”.  

Après quinze minutes de prière, le groupe se divise en équipes de trois: chacune choisira un itinéraire défini, afin de toujours recroiser les mêmes sans-abris. De quoi tisser des liens avec eux, et de connaître leurs besoins particuliers. En cas de problèmes graves (maladie, crise d’angoisse), l’équipe est chargée d’appeler le SAMU social afin de leur venir en aide.

Ce soir, la maraude chargée du Boulevard Saint-Michel rencontre Robert, un migrant bulgare, qui les attend à côté d’une bouche de métro. Il refuse toute nourriture, mais s’amuse à plaisanter avec l’équipe en employant un français difficile à comprendre. Après une demi-heure de discussion, la maraude reprend sa route, et rencontre une famille de roms, qui tente de s’abriter dans plusieurs recoins de l’avenue. Cousins, oncles et neveux reçoivent les maraudeurs avec de grands sourires, et leurs racontent leurs derniers voyages. Nadedja et Katia, deux soeurs assises à côté d’un bar, leurs offrent même quelques dessins.

Au retour de sa tournée de deux heures, la maraude fait un rapport : aujourd’hui, rien à signaler. Les habitués sont toujours présents, pas de malaises ni de disparitions. La maraude a-t-elle vraiment les moyens d’offrir un soutien durable aux gens de la rue ? L’un des participants répond avec philosophie: “Il y aura toujours des gens dans la misère. Notre façon de les aider, c’est de les accompagner, afin qu’ils se sentent soutenus et qu’ils puissent aller de l’avant.”

Dîner et jeux de société dans le 15e

22 heures. Dans le sous-sol d’une salle de spectacles, Guillaume et ses collègues attendent les retardataires. Les soirs de décembre à mars, ce grand salon reçoit dix-sans abris, afin qu’ils puissent dîner, se distraire et dormir au chaud.

Les lieux sont administrés par l’église de Saint-Léon (Paris 15e). Mais là aussi, Guillaume Lacave, directeur de ces « hiver solidaires », précise que l’activité n’a pas de vocation religieuse : “La plupart des accueillis et des bénévoles ne sont pas croyants. Il ne s’agit que d’une activité organisée par le diocèse de Paris, et ce depuis 2008”. Parmi les « invités », des profils de tous âges et de toutes origines se côtoient.

Une fois les derniers arrivés, le dîner est servi. Au menu: soupe, riz au curry, fromages, baguette, mandarines, chocolat… Boris, un homme d’une cinquantaine d’années, nous raconte ses aventures dans Paris, tandis que Muguette, 70 ans, distrait ses amis avec des jeux de mots et des plaisanteries sur sa vie dans la rue. Les thèmes difficiles sont évités : on parle de musique, de voyage, de nourriture…

Il est essentiel que le groupe soit compatible, pour éviter les tensions. Nous avons dû congédier un ou deux de nos invités quand nous avons senti qu’ils s’adaptaient mal”. Mais comment faire pour choisir les dix personnes qui pourront séjourner ici? Généralement, ceux-ci sont découverts par la maraude du diocèse, et choisis selon leur vulnérabilité et leur capacité d’adaptation…

Après le dîner et la vaisselle, volontaires et invités jouent aux cartes, bavardent, plaisantent, et ce jusqu’à minuit. “Il ne s’agit pas seulement de leur donner un toitmais un lieu de paix, où ils ont l’occasion de se reprendre en main”, explique un bénévole.

Après les cartes, les jeux sont rangés, et les invités sortent leurs sacs de couchage et se couchent sur leurs matelas. Quelques bénévoles font de même. Ils tiendront compagnie aux sans-abris jusqu’au lever du soleil, et l’heure du petit déjeuner.

Manuel-Antonio Monteagudo

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