Venez chez moi, j’habite chez des copains

Marguerite Dauvois sous le pont de La Chapelle à Paris le 8 février 2016. Crédit Photo : Laura Welfringer
Marguerite sous le pont de La Chapelle à Paris le 8 février 2016. Crédit Photo : Laura Welfringer

Rencontre avec Marguerite, globe-trotteuse altruiste et fondatrice de la plateforme « Refugees at Home ». Sans cesse sur le départ, elle cherche des toits pour les migrants qui viennent d’arriver dans la capitale.

Des visages familiers, Marguerite en croise souvent quand elle emprunte le boulevard de la Chapelle et se promène sous le pont du même nom.

C’est là, dans le 18e arrondissement de Paris, que des dizaines de migrants vivaient sous des tentes, il y a encore quelques mois. Depuis, le camp a été évacué par la Mairie de Paris. Mais plusieurs migrants viennent toujours par ici. Et Marguerite aussi.

De Dom’Asile à « Refugees at Home »

Toulousaine de 25 ans, Marguerite a d’abord été bénévole au sein de l’association Dom’ Asile où elle faisait des permanences juridiques.  En juin dernier, elle décide de s’engager de manière plus concrète en faveur de l’accueil des demandeurs d’asile, après le démantèlement du camp de migrants à La Chapelle. En juillet, quand un autre camp se forme sur l’esplanade de la Halle Pajol, Marguerite s’y rend aussi. « Je n’en suis jamais repartie, comme plein de gens que j’ai rencontrés là-bas », se souvient-elle. A l’époque, le Collectif de la Chapelle en Lutte fait beaucoup parler de lui. Entre août et octobre, Marguerite les aide à organiser un squat pour les migrants au sein du lycée désaffecté Jean Quarré.

Cours de français enseigné aux migrants, au lycée Jean Quarré, le 13 octobre 2015. Crédit Photo: Laura Welfringer
Cours de français enseigné aux migrants, au lycée Jean Quarré, le 13 octobre 2015. Crédit Photo: Laura Welfringer

En novembre dernier, la jeune femme crée finalement, avec d’autres bénévoles, la plateforme « Refugees at Home », qui met en relation les migrants et les Parisiens volontaires pour les accueillir. Des solutions d’hébergement de très courte durée (une nuit ou deux, parfois une semaine, rarement un mois), qui s’adressent à tous les migrants, réfugiés statutaires ou non.

 » « Tu n’as pas de maison et tu m’en cherches une !? » « 

Arrivée à Paris à l’âge de 17 ans, Marguerite a enchaîné hypokhâgne, études d’histoire et de sociologie, puis Master en Histoire des relations internationales à la Sorbonne. Inscrite depuis septembre dernier en première année de doctorat à l’Université de Genève, elle a désormais un pied en Suisse et un autre en France. Plus de « chez-soi », donc, mais une place assurée chez ses amis, chez sa mère ou chez l’une de ses sœurs, qui la laissent accueillir des migrants chez eux. « Les réfugiés se moquent beaucoup de moi parce qu’ils me disent « tu n’as pas de maison et tu m’en cherches une !? » », s’amuse-t-elle.

Les pensées de Marguerite, elles, se tournent plutôt vers la Russie. Elle y a vécu quatre mois, y retourne régulièrement, et elle écrit à présent sa thèse sur l’identité russe. Précédemment, une histoire de cœur l’a conduite à passer trois ans entre l’Australie et la France. Marguerite parle aussi l’italien. Ces mois derniers, elle a appris les rudiments de « l’arabe du Soudan », au contact des réfugiés. Avec un tel bagage linguistique et culturel, la globe-trotteuse semble à l’aise partout. Chez elle partout. « Elle a une joie de vivre immense, elle a toujours le sourire. Elle remonte le moral de tout le monde dans des situations difficiles », apprécie Marin Marx-Gandebeuf, autre bénévole à « Refugees at Home ».

Lui, a connu Marguerite en juin dernier, à Pajol. « Elle en fait beaucoup, elle ne dort jamais », constate-t-il, l’air mi-amusé, mi-inquiet.

« Tout est fait pour que l’on ne rencontre pas les réfugiés »

Marguerite consulte régulièrement son portable. Il faut dire qu’il a beaucoup sonné ces derniers temps. « Je suis tout le temps à La Chapelle. La communauté soudanaise est là, et ils savent que d’autres bénévoles et moi, on s’occupe de l’hébergement ». C’est donc Marguerite et ses amis que les migrants et les Parisiens du quartier alertent, quand une famille de migrants arrive à Paris, quand une femme est à la rue ou quand un homme malade a besoin d’un hébergement d’urgence. Depuis novembre, « Refugees at Home » a logé environ 35 personnes par semaine, pour une durée d’une nuit à quatre jours en moyenne.

« Tout d’un coup, c’est réel. Ce n’est plus cette espèce de « masse » qu’il faut « gérer ». Ce sont des personnes qui sont avec toi dans ton salon et qui te proposent de te cuisiner un poulet à la syrienne. C’est très satisfaisant parce que c’est très concret », s’exclame Marguerite avec un grand sourire.

Des migrants manifestent à Paris le 20 octobre 2015 pour demander d'être accueillis dignement par l'Etat français. Crédit photo: Laura Welfringer
Des migrants manifestent à Paris le 20 octobre 2015 pour demander d’être accueillis dignement par l’Etat français. Crédit photo: Laura Welfringer

Assise au café Les Capucins, rue Max Dormoy, près du métro La Chapelle, la Toulousaine sirote à présent une tasse de thé. Souvent, elle regarde au dehors par la fenêtre, reconnaît quelqu’un, lui adresse un signe. « Je viens souvent ici avec des migrants, quand ils ont trop froid », explique-t-elle. Elle est comme cela, Marguerite. Elle a soif de rencontres et de thés partagés, au comptoir d’un bar, sur le canapé de ses amis ou même sous les tentes du camp de migrants de Calais, où elle s’est rendue plusieurs fois. « Tout est fait pour que l’on ne rencontre pas les réfugiés, et si l’on ne fait pas la démarche d’aller à leur rencontre, ça n’arrive pas », déplore-t-elle.

L’air attendri, elle se souvient du jeune migrant érythréen qu’elle avait hébergé en août. Elle le surnommait « Little Mohammed ». Du haut de ses 14 ans, « c’était ce tout petit gamin qui jouait de la flûte à bec dans le squat », mais qui avait « traversé le désert à pied » et qui n’avait donc pas peur de rejoindre Calais malgré les recommandations de Marguerite. Aujourd’hui, la bénévole se dit plutôt rassurée sur le sort de son ami : « J’ai appris par d’autres réfugiés que Little Mohammed avait rejoint l’Angleterre. Il va peut-être aller voir mes tantes là-bas. »

Travailler dans l’humanitaire, Marguerite l’envisage-t-elle ?  Sa réponse tombe, catégorique : « non ». Et d’ajouter, plus hésitante : « je pense que je vais écrire un bouquin à partir de ma thèse. Après, je ne sais pas. J’ai un peu envie d’ouvrir un café. »

Laura Welfringer

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