« Entourage », un réseau social au service des SDF

Crédits: Martin Varret / Sans A_

Décloisonner les associations, mobiliser les riverains et rendre le sourire à la rue : c’est le pari lancé par l’application “Entourage”. Développée par l’association du même nom, elle vise à créer des réseaux de relations autour de personnes sans abri pour faciliter les échanges et, au besoin, l’aide. Actuellement testée dans six villes en France, l’application sera ouverte au grand public en mai ou juin prochain. Jean-Marc Potdevin, son fondateur, s’explique.

Pourquoi vous semblait-il nécessaire de développer cette application ?

J’ai rencontré des personnes sans abri, engagé des vraies relations avec elles et à un moment j’ai été entraîné dans leurs problèmes. A chaque fois, j’ai utilisé mon téléphone portable, mon carnet d’adresse, Twitter. Il y avait par exemple cet homme moldave. Un matin je le vois, il pleure, il me dit : “regarde”. Il lui manquait toutes ses dents. Il s’était fait agresser. Il me dit : “qu’est-ce que je vais faire si je ne peux même pas manger un sandwich ?” et là, c’est devenu mon problème. J’ai demandé sur Twitter si quelqu’un connaissait un dentiste dans le IXe qui accepterait de le soigner en urgence.

Et ça avait marché ?

Oui. Une chaîne de solidarité s’est mise en place et j’ai réussi à obtenir un rendez-vous. Ce n’était pas facile. La dentiste avait peur, elle me demandait s’il était violent, s’il était alcoolique, si j’allais venir avec lui. Ensuite c’était lui qui ne voulait plus venir. Finalement, il m’a suivi, mais il n’a pas voulu marcher sur le même trottoir que moi. Il avait peur de me faire honte. Arrivé au cabinet, il n’osait pas rentrer, il était gêné d’être là, comme s’il n’en était pas digne. Mais elle l’a rassuré, et l’a soigné, gratuitement. 

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Crédits: Martin Varret / Sans A_

Qu’apporte l’application ?

Concrètement, si je suis en relation avec une personne sans abri et qu’on veut faire quelque chose ensemble ou que je vois qu’il a un problème, je peux demander à la communauté qu’il y autour de lui de m’aider. Par exemple, si on veut aller au cinéma mais que je suis un peu timide, je peux trouver quelqu’un pour nous accompagner. Si une personne sans abri ne parle que le hongrois, je peux demander au quartier si quelqu’un parle un peu de hongrois et peut venir rencontrer cette personne avec moi. Un entourage, c’est un groupe de personnes qui se synchronisent entre elles de façon privée autour de la situation d’une personne SDF.

Il s’agit donc de connecter un voisinage prêt à aider une personne sans abri ?

Oui. La plupart des gens ont au fond d’eux l’envie de faire quelque chose pour ces personnes qu’ils croisent tous les jours, mais ils ne savent pas comment faire. On me dit parfois qu’on n’a pas besoin d’un smartphone pour aller dire bonjour à une personne sans abri. C’est vrai, mais pourquoi on ne le fait pas ?

L’idée du réseau social, c’est de les rassurer, d’identifier autour d’eux des gens de bonne volonté qui sont prêts à les aider. On peut aussi proposer des contributions. Par exemple, si un coiffeur veut bien donner une coupe de cheveux à des personnes dans le besoin, il peut se signaler sur l’application. Si je connais quelqu’un à qui ça pourrait servir, je le contacte.

Mais l’idée est d’apporter une relation humaine avant l’aide ?

Tout à fait. On a un discours assez novateur sur le sujet. Il s’agit de mettre cette relation au premier plan, sans dénigrer l’aide matérielle qui reste importante. De dire aux habitants qu’ils ont un rôle à jouer. On qualifie toujours les pauvres par ce qu’ils n’ont pas. On veut changer l’idée que la plupart des gens ont, à savoir que les personnes sans abri ont d’abord besoin de deux euros ou d’un sandwich. Elle a d’abord besoin de votre considération, de votre amitié, de votre bienveillance, de votre sourire, de votre temps. C’est un peu l’histoire du Petit Prince qui passe du temps avec sa rose et sa rose vaut quelque chose parce qu’il a passé du temps avec elle.

Qu’est-ce que les sans-abris peuvent apporter aux riverains ?

Énormément. Je me demande même si ce ne sont pas les sans-abris qui vont le plus apporter aux riverains. On est carapacés dans nos certitudes, nos préjugés, nos peurs. Quand on va au contact des plus pauvres, nos barrières tombent. En réalité, on a tous une pauvreté radicale, qui est d’être dépendent de l’autre. Lorsqu’une personne ADF (avec domicile fixe) va au contact d’une personne SDF, elle se réhumanise. La première fois que ma fille a vu quelqu’un mendier dans la rue, elle était inconsolable pendant deux heures. C’est ça la réaction naturelle.

Qu’attendez-vous de l’application ?

Rien. Ce que j’attends c’est que les riverains s’emparent du sujet et y aillent, avec ou sans l’application. Si, parce qu’ils entendent ce qu’on dit à Entourage, ils se mettent à changer leur comportement avec la personne qui habite en face d’eux, on a déjà gagné.

Vous pouvez contacter l’association à contact@entourage.social 

Marion Biremon

@mbiremon

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