Konjac, oriculi et mochi-mochis : des innovations pour réduire les déchets dans la salle de bain

Depuis 6 ans, la marque Lamazuna s’attaque aux déchets dans la salle de bain, tout en se faisant lentement un nom dans le monde de la cosmétique écologique. Un petit succès qui a permis l’ouverture d’une boutique début février à Paris, contribuant ainsi à combler le manque d’alternatives cosmétiques zéro déchet dans la capitale.

Rue Louis Blanc, dans le 10ème arrondissement de Paris, une nouvelle boutique, au nom un peu étrange, « Lamazuna », a ouvert ses portes. Petite, assez discrète, des pots de fleurs sont suspendus dans sa vitrine, et dedans, on aperçoit de longues étagères en bois, des plantes vertes et des produits aux packagings chatoyants. Ici, on vend du naturel. La marque s’est lancé le défit du zéro déchet, cette pratique très prisée dans les cercles des militants écologistes qui vise à réduire drastiquement la production de détritus en misant sur le minimalisme des emballages et le réutilisable.

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La tendance s’est développée à Paris, de plus en plus de magasins bio et quelques supermarchés classiques proposent de plus en plus des rayons « vrac ». Le magasin éphémère Biocoop, ouvert à l’occasion de la cop21, s’est lancé le défi de ne proposer que des produits sans emballage. Mais ces magasins mettent l’accent surtout sur les produits alimentaires, au détriment des produits ménagers et cosmétiques.

La solution zéro déchet qui offre le choix le plus complet sont les enseignes comme Aroma Zone qui proposent des produits « bruts », permettant de confectionner ses produits soi-même. Le fait maison dans la cosmétique n’est pourtant pas à la portée de tous. Cela demande du temps, une certaine expertise (pour éviter la prolifération de bactéries, trouver les formules qui nous conviennent, connaitre les effets des ingrédients…), et un investissement de départ conséquent, si on ne se contente pas des simples bases lavantes.

C’est pour cela qu’une boutique spécialisée dans les cosmétiques zéro déchet trouve sa place à Paris. Tout le nécessaire à l’hygiène corporelle y est, il ne manque que les brosses à dents. Toute la salle de bain a été repensée, nos habitudes réimaginées, pour permettre une toilette parfaitement écolo. 

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Tout est parti d’un morceau de microfibre et des convictions écologiques de Laetitia Van der Walle, la jeune fondatrice de Lamazuna, qui a vu dans cette matière la clé d’un démaquillage zéro déchet. Le premier article proposé par la boutique sont des petits ronds de tissu lavables en machine qui enlèvent toutes traces de maquillage à l’aide de seulement quelques goûtes d’eau.

La jeune entrepreneuse poursuit son projet, mise sur d’autres innovations. Aujourd’hui, la marque s’attaque aux cotons-tiges, aux tampons et serviettes hygiéniques, aux tubes de dentifrices, bouteilles de shampoing et autres aérosols. La marque puise son inspiration sur d’autres continents, comme au Japon où l’on se nettoie les oreilles à l’aide d’une petite tige en bambou. Rebaptisée « oriculi », le petit instrument apparait bientôt sur le site de Lamazuna et remplace des milliers de bâtonnets ouatés. La marque vend également des éponges de Konjac, élaborées à partir de la farine de cette racine, qui exfolient la peau du visage et peuvent être utilisées pour la toilette des bébés.

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Le fait que ces deux produits soient importés ne porte pas préjudice à la démarche écologique selon Jeane, responsable vente chez Lamazuna. « Pour cultiver du Konjac, il faut un climat chaud et humide, ce n’est pas possible de le faire en France. Mais finalement, quand on prend en compte la durée de vie du produit et les déchets évités, le bilan est positif. On est plus écologique en utilisant ces éponges plutôt que des cotons blanchis au chlore, dont la culture demande des quantités astronomiques d’eau. C’est la même chose pour les oriculis en bambou, il n’est pas possible de les produire en France, mais, à moins qu’on le casse, on peut garder un oriculi toute sa vie ! »

La marque s’est aussi lancée dans la fabrication de cosmétiques solides, popularisés par l’enseigne anglaise Lush et que l’on retrouve désormais dans beaucoup de rayons de cosmétique naturelle. Les shampoings, déodorants et dentifrices se présentent sous forme de galets, comme des savons. Pour les utiliser, il suffit d’y ajouter un peu d’eau pour les faire mousser ou leur donner une texture de crème. Pour se brosser les dents, il suffit de frotter sa brosse à dents mouillée sur le dentifrice. Leur production est économe en eau et leur emballage réduit. Ils tiennent dans le creux de la main mais s’utilisent longtemps, un cannelé de shampoing peut durer plusieurs mois. Leur composition est exclusivement naturelle, et vegan. « C’était important pour Laetitia de proposer des produits à la communauté vegan, qui a encore du mal à trouver des produits qui correspondent à leurs attentes » explique Jeane.

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Enfin, la coupe menstruelle, ou « cup », ce petit objet de silicone lavable qui recueille les règles, a également sa place sur les étagères de la boutique. Les critiques des blogueuses beauté et écolos sont positives, le mot se propage peu à peu et les produits de l’enseigne au zèbre rose, dont le nom signifie « jolie jeune fille » en géorgien, gagnent en notoriété.

La marque vient de sortir de nouveaux produits, comme des mouchoirs en tissus, les « mochi-mochis » aux motifs bariolés qui vous font oublier le mouchoir à carreaux fatigué de votre grand-père. Un shampoing spécial pour Pâques, des nouveaux pochons de cup et une gamme de shampoings plus fournie font partie des projets en cours. 

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Certains produits peuvent dérouter, voire rebuter ceux qui sont accros à leur pâte de dentifrice ou la mousse de leur shampoing favori. Voici ce que Jeane répondrait aux sceptiques : « Je lui dirais par exemple que grâce à toutes les commandes de janvier, on a évité plus de 5 millions de déchets, et pourtant Lamazuna n’est pas une grande entreprise. Même des toutes petites actions comme prendre un shampoing qui n’a pas d’emballage ou un déodorant avec une boîte compostable ont un effet réel sur la production de déchets.»

« Même si on n’est pas soucieux de l’environnement, ajoute-t-elle, on ne peut pas concevoir de continuer à consommer comme on le fait. » Et les chiffres semblent lui donner raison. Selon une étude Ipsos réalisée en mars 2010, les Français produisent en moyenne 75 000 tonnes de déchets cosmétiques par an.

Chloé Fiancette

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