C’est l’histoire de la plus grande soirée Kebab de Paris

Ce soir, Arnaud est un tigre. Il entre dans la salle principale, son costume sur le dos. Il est 20h et le jeune ingénieur de 27 ans n’est n’est pas seul. Une centaine de personnes profitent déjà du lieu. Les enceintes vibrent avec des rythmes « groovy », « funk », et même « French boogie ». Des styles qu’Arnaud adore. Au plafond, beaucoup de lumières de couleurs,  des fanions et des boules à facettes. Et sur les murs, des posters massifs d’un mètre sur deux, représentant… des kebabs.

Au rez-de-chaussée, deux individus sont sur le côté, un masque de cheval couvrant leur visage. Arnaud tient deux tickets dans sa main. Le premier est la promesse d’une bière pas chère. Mais il leur tend le deuxième ticket. Les deux hommes masqués rigolent entre eux.

Ils s’affairent dans leur coin de salle. L’un, tient une spatule. L’autre, un long couteau électrique. Salade, tomates, sauce blanche, et de la viande. « Passe une bonne soirée Discozoo ! » lancent-ils à Arnaud en lui tendant son kebab et un cornet de frites.

Le kebab, un amour

Le jeune homme nous a raconté cette soirée comme s’il en sortait tout juste, heureux. Lui et la centaine de personnes qui l’entoure ne sont pas venus par hasard, ce samedi 5 décembre, au Délice Dégustation, à Strasbourg Saint-Denis, au centre de Paris. Ce soir là, c’est la première et seule édition de ‘Discozoo : paye ton kebab !’. « Le kebab ça restera toujours un amour. Mélanger une soirée et le sandwich pour moi c’était vraiment le concept parfait » explique Arnaud dans un grand rire. De la bière, trois DJs, et des kebabs.

Il avoue que d’habitude, ce sandwich est sa quête de fin de soirée, alors qu’il a dansé et bu pendant plusieurs heures. Et à l’en croire, ce n’est pas toujours facile. Cette soirée, il la doit à quelques amis. Et pour l’organiser, ils se sont réunis dans une association, Discozoo.

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Discozoo : paye ton kebab ! le 5 décembre 2015 au Délice Dégustation. crédit photo : Aron Tzimas

« On voulait faire une fête dans un endroit inédit » détaille Alix, 25 ans. Elle a fondé l’association en 2015 avec quelques amis. Ils n’en sont pas à leur premier événement. Le thème des animaux, il a été choisi et elle ne le regrette surtout pas. « Diskoala, discoccinelle, discrocodile, il y a plein de déclinaisons possibles. Ca met une sorte de bonne humeur générale.»

L’année dernière, ils avaient réunis des fêtards, des familles et des enfants déguisés dans le square Charles Péguy dans le 12ème arrondissement de Paris. Ils revendiquent leur thème : les animaux. Dans un esprit de fête bon marché – des bières à 1€50 en général – ils ont commencé à blaguer sur une soirée dans un kebab, dès le mois de juin 2015. Des potes turques, quelques coups de fils, et Jamal et Maxime, les propriétaires du Délice Dégustation n’ont pas hésité : « Ils étaient trop chauds » se réjouit Alix. Et il a eu raison.

Au pic de la soirée, 200 personnes enchaînaient döners et bières pas chères. Ils ont lancé le kebab en 2002. Et quand Discozoo les a contactés, ils ont tout de suite accepté. « On voulait animer, amener des gens différents aussi » explique Maxime, 46 ans, l’un des gérants. Personne n’attendait un tel succès. Surtout à cette période.

Le kebab et la tolérance

Le 13 novembre 2015, les attentats qui ont touché Paris, tuant 130 personnes, ont entraîné une vague de stigmatisation. Celle des Français de religion musulmane et des personnes issues de l’immigration dans leur ensemble. Une soirée dans un kebab, une déclaration de tolérance alors ?

« Ca tombait après les attentats. Ca fait grosse déclaration d’ouverture, mais c’était un peu involontaire » confie Alix.

Mathilde, étudiante d’une vingtaine d’années en urbanisme, admet que le contexte a sûrement entraîné un plus grand succès. « Sur Facebook, l’événement a eu un retentissement important vue la situation» a remarqué la jeune étudiante.

Pendant la soirée, il n’était pas rare d’entendre des références aux déclarations de Robert Ménard. Le maire de Béziers avait déclaré que le kebab « n’est pas de notre culture ». Arnaud, le jeune ingénieur, préfère s’en moquer : « Ménard nous en a sorti des belles, et il continuera à mon avis, il est bien lancé ». Avant de lancer un autre grand éclat de rire jalonnant son récit. Maxime, le gérant, est heureux de pouvoir réhausser l’image du kebab avec un événement comme celui-ci.

Arnaud était même là quand les employés du kebab ont fini leur broche de viande, leur masques de cheval enlevés. L’association Discozoo et l’équipe du Délice Dégustation ont donc conclu cette soirée logiquement. Avec une assiette de kebab, et quelques bières. « Un döner c’est la vie ! » finit-il par conclure en riant. 

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