Open d’Australie vs Roland Garros : qui remporte le match ?

L’Open d’Australie bat son plein de l’autre côté de la planète. Rénové, dynamique, festif, le petit poucet des Grands Chelems a bien grandi… Contrairement à Roland Garros qui s’embourbe dans les recours judiciaires. Au point d’être dépassé par Melbourne Park ?

« Une ambiance de dingue ! ». Malgré sa défaite au 3ème tour de l’Open d’Australie 2016 face à la locale Daria Gavrilova (6/4 4/6 11/9), Kristina Mladenovic garde le souvenir d’une « sacrée expérience ». Sur l’Hisense Arena, le deuxième plus grand court, la tricolore a vécu un match à rebondissements de près de trois heures devant un public déchaîné tout acquis à la cause de son adversaire, récemment naturalisée australienne. Et cette atmosphère, aussi bien sur qu’en dehors du court, plaît à tous : public, joueurs ou téléspectateurs.

De Paris, si l’évolution du tournoi impressionne, elle n’en demeure pas moins un avertissement. Roland Garros peine à se développer, empêtré depuis plus de 5 ans dans l’engrenage judiciaire. L’extension du site accumule recours, retards ou encore ajournement des travaux.


La balle de match de la rencontre Mladenovic/Gavrilova

Premier set : les infrastructures

En-dessous de la moyenne jusque dans les années 1980, le Grand Chelem de la zone Asie/Pacifique a fait peau neuve en 1988 en déménageant de Kooyong pour le centre-ville de Melbourne.

Adieu gazon, stade étroit et petit central (8 500 places), place à la surface dure, les hectares et un court principal digne de ce nom (15 000 places). Cerise sur le gâteau, il est le tout premier à disposer d’un toit rétractable. En parallèle, Roland Garros s’agrandit également avec la construction du court Suzanne Lenglen en 1994. Mais les Internationaux de France ne connaissent pas le même coup d’accélérateur depuis les années 2000. « Nous sommes à l’étroit ! », répète Gilbert Ysern, directeur du tournoi parisien.

infrastructures

Plus vaste, plus ouvert, plus accessible, Melbourne Park remporte la première manche.

Deuxième set : les investissements

La politique de rénovation de l’Open d’Australie a un prix. Mais Tennis Australia (fédération australienne du tennis) s’en acquitte sans tergiverser grâce à un plan de redéveloppement savamment étudié. En face, Roland Garros voit sa politique expansionniste entravée par les associations de défense des Serres d’Auteuil, site sur lequel le tournoi souhaiterait s’agrandir.

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Alors que Melbourne Park a gagné en place, en infrastructures (reconstruction de la Margaret Court Arena avec un toit amovible), les Internationaux de France ont été assignés en justice par les héritiers Formigé, bâtisseur des jardins d’Auteuil adjacents, en fin d’année 2015. Résultat : les travaux sont suspendus. Mais le plan d’investissement est bien là.

L’Open d’Australie tire son épingle du jeu, grâce à son dynamisme et à l’inertie de Roland Garros. 2 sets à 0 pour les Internationaux d’Australie.

Troisième set : cash machine

Les tournois du Grand Chelem drainent des sommes d’argent astronomiques, au regard de leur durée. Sur deux semaines de compétition, plusieurs millions d’euros sont engrangés non seulement par les fédérations organisatrices, mais aussi par les acteurs économiques locaux (commerces, hôtels, services, etc.)

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Les défauts géographiques n’empêchent pas les Internationaux de France de générer davantage d’argent que l’Open d’Australie. La raison ? Il faut chercher du côté de l’histoire et de l’aura dégagée par chacun des deux tournois du Grand Chelem… Troisième manche, France.

Quatrième set : le rayonnement

Roland Garros, terre d’histoire. Fondé en 1891, le Grand Chelem de la Porte d’Auteuil est inscrit au patrimoine sportif français et mondial. Des exploits des Mousquetaires dans les années 1920/1930, vainqueurs à 6 reprises de la Coupe Davis, du sacre de Yannick Noah en 1983 en passant par les 9 titres de Rafael Nadal, le tournoi possède une aura bien plus forte que celle de l’Open d’Australie, né en 1905.

L’un des motifs principaux s’avère être, paradoxalement, sa localisation. Roland Garros n’a jamais bougé depuis sa fondation, contrairement à la compétition sud-australe.

Jusqu’au début des années 1980, peu de joueurs, et notamment de grands noms comme Björn Borg ou Jimmy Connors, faisaient le déplacement dans le lointain l’hémisphère sud.

En 2008, les organisateurs changent à nouveau la surface et optent pour le synthétique. Nouveau changement d’identité. Au-delà de ces aspects historiques, quelques éléments médiatiques accréditent la notoriété de Roland Garros.

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Bien qu’il s’agisse de deux événements d’ampleur – un public potentiel de 3,5 milliards de téléspectateurs !-, Roland Garros jouit encore de son prestige et de sa singularité qu’est la terre battue.

C’est la terre battue, c’est la croix de Saint-André, c’est les « Mousquetaires », c’est l’Histoire. C’est l’histoire du tennis tout simplement. La terre battue de Roland Garros est unique au monde et du coup parce que le jeu est plus lent sur terre battue, les échanges sont plus longs, le tournoi de Roland Garros est le plus difficile à gagner, notamment en 5 sets. Il y a l’idée de sueur de gladiateurs un peu, explique Mickaël Guittard, chargé des collections de Roland Garros.

Jeu et quatrième set, Roland Garros. Deux sets partout.

Manche décisive : le show

S’il y a bien un secteur où les tournois du Grand Chelem signent leur particularité, c’est celui du spectacle.

La grande force des Grands Chelems, c’est leur identité. Roland Garros, c’est Roland Garros. Wimbledon, c’est Wimbledon », tranche Philippe Bouin, ancien grand reporter du journal L’Equipe.

Le statut de Grand Chelem assure la présence des grands joueurs et donc du show, aussi bien en France qu’en Australie.

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En guise de tie-break, la différence entre les deux Grands Chelems tend à s’effacer. Mais l’Open d’Australie attire de plus en plus les suffrages, dynamisé par des infrastructures adaptées aux exigences du sport-spectacle moderne.

Le tournoi a d’ailleurs établi un nouveau record de fréquentation le premier jeudi de la compétition, avec 77 746 spectateurs. Des infrastructures clés pour une candidature de Melbourne aux Jeux Olympiques de 2028. Dans l’hémisphère nord, Roland Garros doit se renouveler en vue des Jeux Olympiques de 2024, mais surtout s’il veut continuer à honorer son statut de Grand Chelem. En Asie, certains pays -pour ne pas citer la Chine- seraient ravis d’avoir un tournoi d’une telle envergure à domicile.

Romain Nowicki

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