Le Jambon-Beurre, un sandwich qui s’adapte à son époque

Représentatif des cercles populaires français depuis la fin du 19e siècle, le traditionnel sandwich jambon-beurre reste un emblème du fast food à la française. Si certains concurrents le poussent à se redéfinir, reste que son ancrage dans la tradition est loin de le faire disparaître de nos boulangeries.

C’est aux alentours de midi trente que commencent à se former les premières queues dans les boulangeries. Trop occupés, ou pas assez riches, beaucoup de français choisissent l’option du sandwich baguette avalé en cinq minutes plutôt qu’un menu entrée-plat-dessert dégusté sur une terrasse de brasserie. Il ya quelque chose d’attachant dans le rituel de la boulangerie, dans ces regards impatients des clients et dans le ton sec de la boulangère.

En 2014, 1.28 milliards de sandwiches jambon-beurre ont été vendus en France. Une hausse de 4% comparé à 2013, malgré le succès des pizzas et hamburgers sur la scène des déjeuners rapides et bon marché. Entre 2012 et 2013, la consommation de jambon-beurre avait pourtant fait une chute de 5%. Un bémol dont il a su vite se remettre, notamment grâce à des prix relativement stables (2 euros 71 en moyenne).

 

Toujours numéro un

Le concept du sandwich est né en Angleterre grâce à John Montagu, 4e duc de Sandwich. Son met favori, un bout de viande entre deux tranches de pain, s’est rapidement répandu dans ses cercles pour devenir une institution. Mais la combinaison jambon blanc-beurre-baguette est aujourd’hui entièrement associée à la gastronomie populaire française. A mi-chemin entre simplicité rurale et coquetterie parisienne, le jambon-beurre met l’eau à la bouche, même au-delà des frontières. C’est notamment la rapidité de sa préparation et sa concentration en protéines qui constituaient un attrait pour les ouvriers au début du 20e siècle.

Plus d’un siècle plus tard, il est loin d’être tombé dans l’oubli. Parmi les 2.2 milliards de sandwiches vendus en France en 2014, 58% étaient des jambon-beurre. “C’est encore un grand classique. A la fin de la journée, il n’en reste jamais”, raconte Céline qui travaille dans une boulangerie dans le 12 arrondissement de Paris. Rachel, employée à la Boulangerie Blouet dans le 2nd arrondissement confirme aussi que le jambon-beurre reste le sandwich le plus demandé.

François, étudiant, confie en acheter un « tous les jeudis ». Les réseaux sociaux tels que twitter témoignent également du fait que manger un jambon-beurre est une routine à laquelle on s’attache, un moment à anticiper.

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Vers un sandwich bobo-chic ?

Même les plaisirs les plus simples semblent ne pas être épargnés par le phénomène de boboïsation, nouvelle forme d’embourgeoisement bohème de notre siècle. Le jambon-beurre commence donc à se vouloir d’une gastronomie chic et et trendy, à l’image des tapas haut-de-gamme. Un petit restaurant et bar appelé Le Jambon Beurre illustre bien ce phénomène. Situé dans le premier arrondissement, en plein cœur du quartier des Halles, Le Jambon-Beurre a ouvert il y a un peu plus d’un an. « Dans une époque ou tout le monde achète à emporter, nous offrons un fast-food de très bonne qualité, explique Rodolphe, un des fondateurs. Mais plus qu’une boboïsation, je dirais que nous représentons la sophistication du jambon-beurre et d’autres sandwiches à base de jambon. »

Les clients qui entrent dans ce petit lieu décoré avec goût sont d’ailleurs représentatifs d’un quartier tendance. Jeunes et chic, habit tendance et coiffure parfaite oblige. Cette classe moyenne supérieure constitue une rupture avec le jambon-beurre comme un snack pour la classe ouvrière. “Je pense que les travailleurs de bureau sont la nouvelle classe ouvrière de notre siècle”, affirme Rodolphe.

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Crédits: Flickr/Thierry Leroy – Boulangerie Paul à Paris

 

On est ce que l’on mange

Consommer local et de qualité prend à nouveau de l’importance en France. Il s’agit non seulement de contrer une consommation de plus en plus globalisée qui laisse de côté la qualité, mais également de faire revivre un certain patriotisme. Car, oui, le jambon-beurre est un des nombreux éléments qui constituent l’identité française. Lorsque, au lendemain des attentats de novembre 2015, était listé tout ce qui fait de la France un pays unique et prisé, le jambon-beurre n’était pas laissé de côté.

Ce que l’on mange est aussi un indicateur de qui l’ont est, d’où l’on vient et avec quelle culture on veut s’identifier.

Après tout, c’est le jambon-beurre, et non le hamburger, qui est le sandwich préféré des français. C’est aussi Paul, et non McDonald’s qu’ils considèrent comme leur fast-food favori. Advienne ce qu’il advienne, les français ne sont pas près d’abandonner leur baguette – ni la tranche de jambon qui vient avec.

 

Maria Gerth-Niculescu

 

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