En images : le rôle insoupçonné des kiosques à journaux au lendemain des attentats

Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait le samedi 14 novembre dernier ?  Au lendemain de la soirée d’horreur que nous avons tous vécu à travers nos téléphones, nos écrans de télévisions ou nos conversations avec nos proches, difficile pour beaucoup de savoir comment occuper cette journée de deuil national.  A Paris, les habitants sont dans leur grande majorité restés chez eux, comme en témoignent de nombreuses photos diffusées sur Twitter sous le hashtag #ParisDésert (ici ou ).  Pourtant quelques dizaines de personnes se sont rendues sur les lieux des attaques pour rendre un premier hommage aux victimes. Parce que ces images ont monopolisé l’attention des médias, on n’a peu prêté attention au rôle insoupçonné qu’ont joué les kiosques à journaux ce jour-ci.

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Place Jacques Copeau, Paris. Crédit photo : JN

La première surprise quand on s’approche du kiosque de Pierre situé sur le boulevard Saint-Germain dans le 6ème arrondissement de Paris, c’est l’animation. On s’attend à des rues désertes, on découvre en fait des passants qui saluent le marchand de journaux, le vrombissement des bus qui déposent les usagers,  les touristes qui se baladent, sacs de magasins au bras.

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Le kiosque à journaux de Pierre, place Jacques Copeau, Paris. Crédit photo : JN

« Quand j’ai ouvert ce matin à 8h30, je me suis particulièrement appliqué à bien disposer mes étalages, à rendre ma boutique accueillante. C’est une façon de dire merde à la tristesse, merde à la peur, merde à ces gens qui veulent nous obliger à nous cacher chez nous », raconte Pierre, tenant du kiosque.

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Les journaux du 14 Novembre 2015. Crédit photo : JN

Le nombre de journaux que Pierre reçoit varie chaque jour selon les estimations de vente des rédactions. Aujourd’hui il a reçu presque deux fois plus d’exemplaires des quotidiens nationaux qu’à l’accoutumée. « Le plus fort c’est Libération : ils m’en ont fait livrer quatre fois plus que d’habitude ! Comme souvent ils ont misé sur une Une qui marque : « Carnage à Paris ». Ça accroche l’oeil, mais pour l’instant je n’en ai pas vendu plus que les autres quotidiens », remarque-t-il en milieu d’après-midi.

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Crédit photo : JN

« Beaucoup de gens viennent avec la mine sombre, le regard vide. Je tente une petite boutade et si ça ne passe pas je n’insiste pas. Je respecte leur tristesse », raconte Pierre.

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« La guerre en plein Paris », titre Le Figaro ce Samedi 14 novembre 2015. Crédit photo : JN

« Je n’achète quasiment jamais le journal parce que lire m’endort, confie Marie-Lise, une riveraine. Mais aujourd’hui j’ai besoin de comprendre ce qu’il s’est passé. J’ai beaucoup regardé la télévision mais je ne réalise toujours pas, alors je me dis qu’en prenant le temps de lire le journal ça va m’aider. »

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Rires entre Pierre et deux clients. Crédit photo : JN

« C’est un jour très triste, mais j’ai le sentiment d’avoir un rôle à jouer. Je me dis que les gens qui choisissent de sortir et de passer chez moi cherchent à se changer les idées. C’est aussi ça mon boulot : les faire rire », affirme Pierre.

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Etalage de journaux à Alésia, Paris. Crédit photo : JN

Un peu plus loin, au carrefour d’Alésia dans le 14ème arrondissement, un autre kiosquier a choisi d’accroitre la visibilité des quotidiens en les exposant sur une petite table à la sortie de la bouche de métro. « Je sais que ça peut choquer de voir ces images et ces mots, mais les gens les ont déjà vus à la télévision, on est déjà tous sous le choc », affirme Bilal, tenant du kiosque depuis six ans.

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Crédit photo : JN

Deux passant sortent du métro et s’arrêtent devant l’étalage de Bilal. Ils restent une minute entière à regarder les Unes des journaux, avant de choisir un exemplaire du Parisien. L’homme murmure à sa femme : « C’est désolant tout ce noir ».

Jérémy Normand

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