La vitrine de la boulangerie « Gâteau Battu », dans le 15e arrondissement à Paris. Photo: Yann Schreiber.

La baguette solidaire à Paris, de l’initiative individuelle à l’aide organisée

Avec l’aide de la Mairie du 15e, la baguette solidaire pourrait connaître un essor inédit dans le plus grand arrondissement de Paris. Ce qui était auparavant une initiative solidaire individuelle de quelques boulangeries est, depuis le mois d’octobre, coordonné par un élu d’arrondissement.

Sur un cahier en caisse, Catherine Cuvillier, boulangère dans le 15e arrondissement à Paris, compte les « baguettes en attente » à l’aide de petits bâtonnets : des baguettes payés par des clients, mais qui seront acheminés vers l’association Les Restos du coeur le lendemain.

Le concept de la « baguette solidaire », né dans le sud de la France il y a deux ans, est arrivé dans le plus grand arrondissement parisien. Le principe est simple : acheter une baguette et en payer deux ; la deuxième baguette reste « en attente » chez le boulanger, puis sera distribuée par des associations aux plus démunis du quartier.

Dans sa boulangerie « Gâteau Battu », 234 baguettes solidaires ont ainsi été offertes aux Restos du Cœur depuis le début de l’action il y a quatre semaines. Sur les 100 boulangeries, 30 ont pour l’instant répondu présent à l’appel de la Mairie du 15e, qui a lancé et qui assure la coordination du projet. « Pour éviter l’image du boulanger qui craint un peu, et pour éviter le trafic, j’ai préféré que ce soit des associations qui prennent en charge les baguettes pour les redistribuer » a expliqué Marc Esclapez, conseiller d’arrondissement en charge de la précarité.

La mairie met en relation les boulangeries avec les associations les plus proches, pour faciliter la distribution du pain. C’est M. Esclapez qui va voir en personne les boulangeries. « Je leur laisse des affiches et je leur donne le nom de l’association qui se trouve dans le quartier. C’est ca qui est un peu long. » Les deux partenaires définissent alors ensemble un calendrier de collecte du pain.

Pour M. Esclapez, ce projet est aussi un engagement personnel : ayant été dix ans responsable d’un point de distribution des Restos du Cœur dans le 15e, le maire, Philippe Goujon, lui demande de rejoindre son équipe. C’est avec son soutien que M. Esclapez à alors lancé l’idée de la « baguette en attente ».

« Une baguette fraîche comme la personne qui l’achète »

Christele Guenard, boulangère dans une autre boulangerie de l’arrondissement, explique pourquoi elle s’est lancée dans l’opération : « Il y a des personnes qui sont en difficulté ; nous, si on fait 8 baguettes, on peut bien en faire deux, trois en plus. » Grace à cette initiative, les plus démunis ont « une baguette fraîche comme la personne qui l’achète », et non pas seulement les invendus de la veille, explique Mme Guenard. Ici, le succès est moins grand, avec une dizaine de baguettes en attente depuis le début de l’action. « C’est le début, il faut du temps pour que les gens sachent », rassure Mme Guenard.

Dans les vitrines des boulangeries participantes, des affiches jaunes invitent au « don anonyme, geste solidaire. »

« J’ai même pas besoin d’en parler, c’est [les clients] qui m’en parlent », dit Mme Cuvillier. Pour elle, l’action très locale est un moyen très efficace d’aider.

Même si ce ne peut être un substitut aux aides plus généralisées, M. Esclapez pense, lui aussi, que c’est « un complément » très efficace, « surtout avec les maraudes paroissiales, qui vont à la rencontre des gens dans la rue. »

Deux boulangeries « un peu cotés » de l’arrondissement ont cependant  « catégoriquement » refusé, selon le conseiller d’arrondissement. « J’étais un peu déçu et choqué », rajoute-t-il. Mais les refus restent rares, et le conseiller d’arrondissement va continuer de faire le tour des boulangeries pour en convaincre le plus possible. « C’est une petite participation des habitants du 15e à la solidarité », estime M. Esclapez.

Cet ancien des Restos du cœur espère dorénavant que son initiative va se pérenniser, et qu’elle sera peut être même repris dans d’autres arrondissements. « Pourquoi pas, bien sûr », s’exclame-t-il, « je pense que ce serait une bonne chose ! »

Yann Schreiber

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