Des livres, du sucre, de la caféine: une recette qui marche?

Des livres, des boissons, des gateaux, mais aussi des lectures, des concerts, des débats, des chaises, des tables, du sel, et parfois même du vin… Les librairies-cafés restent rares à Paris, mais aucune ne se ressemble. Car selon ces libraires, la clef du succès pour une librairie, c’est la personnalité. 

Dans la librairie Nicole Maruani, ça sent bon le livre neuf mais aussi la tarte au citron meringuée, le cheese-cake, et autres douceurs. Si les livres occupent les deux tiers de ce lieu unique situé près de la place d’Italie à Paris, le reste de l’espace a été dédié, depuis deux ans, à la gourmandise des lecteurs. Avec des pâtisseries, mais aussi des boissons chaudes et froides, salades, tartes salées, le « point gourmand » permet aux acheteurs de livres de prendre un encas ou un repas au sein de ce temple de la lecture. Selon Isabelle Verlingue, libraire chez Maruani, « le concept marche très bien, et bien que les livres restent la source la plus importante de revenus, la survie de la librairie serait bien plus difficile sans la partie restauration. Le coin gourmand a permis de redynamiser la librairie en remplaçant un espace presse qui, je pense, ne marchait plus très bien. » Beaucoup d’habitués viennent ici prendre leur repas chaque midi. Certains visiteurs rentrent dans la librairie en quête d’un ouvrage précis et se laissent tenter par un encas gourmand, d’autres achètent d’abord à manger puis décident de choisir un livre. Comme Manon Oudet, étudiante en droit, travaillant dans la partie café l’explique: « Il n’y a pas vraiment de règle ».

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Coin gourmant de la librairie Nicole Maruani

 

Un lieu de rencontre et d’échange

Avec un évènement par semaine (dédicaces, lectures, activités pour enfants, etc.), une terrasse chauffée en hiver et quelques tables à l’intérieur, Nicole Maruani garde sa librairie très active. La menace du géant américain Amazon (qui vient d’ouvrir sa première librairie à Seattle), elle ne la ressent pas. « Je ne considère pas que les librairies soient en train de mourir, mais que nous entrons dans une autre époque et qu’il faut savoir rebondir sur d’autres choses. A Paris, les loyers sont un vrai problème pour les libraires, surtout dans le centre, mais lorsqu’une librairie a de l’espace, faire de l’évènementiel peut apporter énormément. Le livre est un support exceptionnel de communication. » Selon Nicole, c’est dans les quartiers « villages » comme le treizième, Belleville, ou encore le dix-huitième que des librairies comme la sienne peuvent se développer. « Il faut que ces lieux reflètent les habitants, que ces derniers se les approprient. On leur fait plaisir avec un retour soit gastronomique, soit de lectures, soit évènementiel et c’est pour ça qu’ils reviennent. La librairie devient un lieu familier. »

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Devant la librairie Nicole Maruani

 

La librairie-café, une exception à Paris

Alors que les librairies-cafés sont nombreuses dans les grandes villes américaines (McNally Jackson, Housing Works, Bluestockings, Stories, BookPeople, Politics and Prose, WORD, etc.) ou encore à Berlin (Ocelot, Another Country, etc.), à Paris elles sont presque inexistantes. La librairie anglaise historique Shakespeare and Company vient d’ouvrir un café mais il reste séparé de la librairie principale, et il est, comme cette dernière, toujours bondé. De plus, les prix des consommations reflètent malheureusement ceux des loyers du quartier latin.

La librairie des Orgues fait partie des rares enseignes parisiennes se rapprochant de ce modèle qui pourtant fonctionne souvent très bien. Mais cette librairie du dix-neuvième ne se contente pas de reproduire la formule anglo-saxonne, elle prend elle aussi une forme qui lui est propre avec depuis deux ans, non seulement un café, mais aussi un restaurant. Comme dans la librairie Maruani, ici pas de règles, on va de l’assiette (ou de la tasse) aux livres et vice versa. Le brunch, particulièrement copieux et délicieux, attire beaucoup de monde le weekend, tout comme les évènements. La librairie en organise un à deux par semaine, dont des lectures et dédicaces mais aussi des concerts, et bientôt des débats, conférences et projections de films. Mais comme Marie-Ange Barbary, libraire aux Orgues l’explique « l’important c’est que les deux parties, librairie et restauration, restent très connectées sinon cela n’a pas d’intérêt. » Et, si faire survivre la librairie reste difficile, Marie-Ange pense que l’ajout de la partie restaurant et café a permis d’assurer la pérennité du lieu.

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Librairie des Orgues

 

Librairie, entre-autre

Il existe aussi à Paris des lieux insolites qui sont en partie des librairies mais qui favorisent l’alimentaire ou la boisson et bravent ainsi les loyers des quartiers du centre. Le Used Books Café situé dans le troisième arrondissement, au sein du concept store Merci, vend des livres d’occasion et reverse tous les bénéfices pour une fondation visant à construire des centres éducatifs à Madagascar. Parmi les douze à treize milles ouvrages utilisés aussi pour la décoration du café, les passionnés peuvent trouver des trésors rares pour presque rien.

 

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Le Used Books Café

 

Un peu plus bas, dans le Marais, La Belle Hortense est à la fois une petite librairie, un restaurant, un bar, et une cave à vin. Le lieu accueille aussi une exposition par mois, de nombreux évènements littéraires et on y trouve une super collection d’auteurs américains. « Tout ça cohabite ensemble et c’est ce qui permet que ca marche. On est vraiment à part et pour nous la concurrence d’Amazon n’est pas un problème, » explique Brigitte le Guern, la responsable du lieu. De plus, La Belle Hortense est ouverte tous les jours de 17 heures jusqu’à deux heures du matin, une option pratique pour les lecteurs insomniaques.

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La Belle Hortense par Rebus

 

Des librairies pour tous les goûts, avec ou sans sucre

Pour la survie d’une librairie, il n’y a pas de recette unique, et le café n’est évidemment pas une nécessité. Au Monte-en-l’air dans le vingtième, les lecteurs peuvent prendre une limonade, un jus de fruits ou encore un café en se servant à la machine ou en ouvrant le réfrigérateur qui trône au milieu des vingt trois mille livres recouvrant les murs de la librairie. Mais, Aurélie Garreau, co-gérante insiste sur le fait que le service de boisson ne change pas la dynamique du lieu. La terrasse ne sert ainsi que très peu, à part pendant les évènements durant lesquels les invités peuvent se retrouver à l’extérieur. Pour elle, on est avant tout soit un café, soit une librairie. Ce qui fait du Monte-en-l’air un rendez vous unique, ce sont surtout ses évènements très appréciés, sa galerie et une offre très large en bande dessinées, livres de dessins, images, beaux-arts, graphisme, photos qui s’ajoutent à une large sélection de littérature pour tous les âges. “On ne ressemble pas à d’autres librairies,” dit-elle. Et elle non plus, Amazon ne l’effraie pas. La librairie marche bien. “Je pense que ça dépend des configurations mais que, quand les librairies sont singulières, ont leur propre identité, les gens aiment y venir.”

 

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Le Monte-en-l’air

 

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