Robots en maison de retraite : bingo?

Le robot Nao utilisé en maison de retraite à Issy-les-Moulineaux
Le robot Nao utilisé en maison de retraite à Issy-les-Moulineaux/ Chloé Rochereuil

Un robot pour jouer au bingo ? L’idée a tout de suite séduit la maison de retraite Lasserre à Issy-les-Moulineaux. En avril dernier, l’établissement avait été le premier à accueillir un animateur humanoïde parmi son équipe. Le robot « Nao », 58 centimètres, 5,4 kg, a été acheté 1 500 € à la société Adelbaran, implantée dans la commune du sud-ouest parisien, et programmé par la société belge Zora robotics pour 10 000 €. Testé pendant trois mois au printemps, le robot sera réintroduit dans l’EHPAD (Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) Lasserre en janvier prochain.

Capture d’écran 2015-11-06 à 15.15.15Alors que la conférence mondiale sur les robots se tiendra les 23 et 24 novembre prochains en Chine, la robotique pour personnes âgées, venue du Japon, est déjà un franc succès en France, en Belgique et aux Pays-bas. La société française RoboCare, créée au printemps 2015, a dévoilé son premier prototype humanoïde « Milo » en octobre dernier. Depuis, les initiatives s’enchaînent, en passant du skype roulant au phoque mécanisé. Un emballement très médiatisé parfois contre-carré par l’expérience.

« On est encore loin des films ! »

La voix est rocailleuse, les gestes saccadés et l’allure mécanique. « Nao » est encore loin de ressembler à un parfait petit humain. Pour Sébastien Orand, responsable de l’animation de l’espace sénior à Issy-les-Moulineaux, le robot français est encore « en phase d’expérimentation » et « manque de réactivité ». « Ce sont des technologies récentes avec des fonctionnalités qui restent sommaires, explique t-il. On est encore dans une logique d’action/réaction. »


Le « Nao » utilisé par la maison Lasserre a été programmé pour répondre aux besoins de personnes à mobilité réduite. Des exercices simples de gymnastique, des jeux de mémoire, de bingo et de loto ont été spécialement intégrés au logiciel de cet animateur un peu particulier. Pour Sébastien Orand, ces activités basiques satisfont les pensionnaires de maison de retraite, davantage curieux que pointilleux sur les performances techniques. «Pour un public dépendant, toute nouveauté va apporter une satisfaction, explique t-il. Il s’agit d’apporter une curiosité, une nouveauté. » Les jeunes retraités restent « plus critiques et plus exigeants » face à ses nouvelles technologies : « Ils attendent plus. », confie t-il.


« Nao », aussi surnommé « Zora » se présente à Monomania/ Chloé Rochereuil 

A la maison Lasserre, quelques pensionnaires sont réunis avant le déjeuner pour évoquer l’expérience robotique. « Ce n’était pas assez fort! » lance Mme L., centenaire, lunettes de soleil et casquette de golf vissée sur la tête. En cause, un son trop faible pour des patients souffrant bien souvent de problèmes d’audition et réunis en groupe dans de grandes salles. L’objet est fragile et doit être manipulé avec précaution, ce qu’il ne facilite pas la proximité et le contact avec les personnes âgées. « Il était trop petit ! », livre une autre retraité.

Des pensionnaires entre fascination et méfiance

Anthony Gential est animateur à l’établissement Lasserre, il se souvient de la première rencontre entre les pensionnaires et le robot : « Quand ils l’ont vu, ça a été un véritable coup de foudre ! » L’objet fascine mais il est d’abord perçu comme étranger au milieu clos qu’est la maison de retraite. « On le perçoit d’abord comme un intrus qui vient autour de nous », confie Mr V., ancien ingénieur.

Pour un public octogénaire voir nonagénaire et centenaire, le robot fait partie d’un imaginaire collectif surréaliste et futuriste. « Beaucoup m’ont confié qu’ils ne pensaient pas voir un robot de leur vivant. C’est comme si on nous montrait des voitures volantes dans 40 ans! », s’enthousiasme Anthony. « Ils ont l’impression d’être témoins de l’avenir et de continuer à apprendre des choses. », continue son collègue David Jacob, responsable de l’animation de la maison.

BFMTV avait filmé le robot Nao lors de son arrivée à la maison Lasserre en avril 2015 :

Plus de six mois après son introduction dans l’EHPAD, le petit humanoïde soulève encore beaucoup de questions parmi les pensionnaires. La centenaire aux lunettes de soleil s’agace : « Mais comment ça marche ? Il y a un CD ? Une prise de courant ? Il faut donner une explication ! » Anthony et David ont du révéler aux curieux qu’ils pilotaient eux-mêmes l’engin grâce une tablette connectée. « C’était l’illusion ! », se souvient Anthony : pas facile à encaisser pour un public peu familier avec les nouvelles technologies.

Les mois passent et l’affection se créée entre l’humanoïde et les personnes âgées. Anthony se rappelle une anecdote marquante : « J’ai eu un appel, je me suis absenté pour répondre et entre temps le robot a eu un petit spasme et a commencé à chuter en arrière. Tous les résidents se sont jetés dessus pour le rattraper, comme un enfant! »

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Le robot, qui dispose aussi d’une caméra avant, est piloté depuis une tablette/ Chloé Rochereuil

Un robot pour remplacer les aides-soignants? 
 


A la maison Lasserre, la question ne se pose pas vraiment. « Non, il ne nous remplacera pas. Ce n’est pas l’un sans l’autre : il faut quelqu’un pour surveiller derrière et être aux commandes », répète le jeune animateur. Quand on demande aux habitants de l’EHPAD, la réponse est unanime : « On préfère quand même les animateurs, lance une vieille dame en fauteuil. Il y a un dialogue qu’on ne peut pas avoir avec le robot. »

« Nao » ne supplantera donc pas tout de suite les humains, d’autant que son utilisation reste particulièrement chronophage pour le personnel de l’établissement. « Pour nous, ça rend encore plus compliquée l’animation. Moi aussi, ça m’a fasciné au départ mais j’ai vite déchanté, c’est énormément de travail ! », avoue Anthony Gential. Pour les animateurs, formés sur le tas, il faut préparer des textes et gérer à la fois le robot et les réactions des retraités. Un casse-tête que David Jacob ne recommande pas aux responsables de maisons qui l’appellent quotidiennement pour lui demander son avis sur l’expérience robotique.

Le petit humanoïde apporte néanmoins des options nouvelles à l’équipe. « Ca apporte un plus, reconnaît Anthony. Je ne connais pas toutes les chansons françaises qui plaisent aux résidents, le robot, lui, on peut lui programmer. » Même constat pour les exercices de gymnastique : « Quand nous on la faisait, ils abandonnaient très vite, s’amuse monsieur Jacob. Alors que le robot, ils le suivaient pendant 25 minutes ! » Ses « frères » « Pepper » et « Roméo », produits par la société Adelbaran, causeront probablement plus de torts au personnel. Ils seront bientôt capables de porter des personnes, d’apporter des objets et de lancer des alertes.

En attendant les nouveaux robots, les habitants de la maison Lasserre sont impatients de retrouver le petit « Nao ». Dans le réfectoire, on entend murmurer : « On l’aura quand?… Vous avez des nouvelles du robot ? ». Anthony, amusé, répond : « Il recharge ses piles ! »

Chloé Rochereuil
@RochereuilChlo

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