A Courbevoie, la solidarité a un prix

Depuis une vingtaine d’années, sous l’impulsion des centres communaux d’action sociale (CCAS), les épiceries solidaires ont de plus en plus de succès et s’éparpillent en région parisienne. On en compte aujourd’hui plus de 400. Aménagées pour recevoir des personnes en précarité, elles doivent faire face à bien des difficultés. Ouverte en  2012, l’épicerie solidaire de Courbevoie fait partie des plus engagées.

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Une structure en extension

Pas de large écriteau, ni de devanture, l’épicerie solidaire de Courbevoie se niche dans un sous-sol, à l’abri des regards indiscrets. Les allées et venues sont réglées par des rendez-vous toutes les deux heures afin de respecter l’anonymat et éviter les rencontres entre clients. L’épicerie permet avant tout d’assurer un accompagnement alimentaire sans pour autant tomber dans la charité. “Les personnes se sentent plus actives, plus légitimes” assure Julien Morian, adjoint de direction du comité d’action sociale. Du rendez-vous trois jours par semaine à l’ouverture 6 jours sur 7, l’épicerie solidaire a fait un bout de chemin. Début octobre, elle installe son espace de produits frais. Alors que l’arrivée d’une puéricultrice et d’une diététicienne était annoncée, c’est finalement une nutritionniste qui sera mise à disposition.  

 

Pas les restos du coeur

Mais tout le monde ne peut pas toquer à la porte de l’épicerie solidaire. Depuis son entrée en fonction en 2013, Julien Morian réceptionne un grand nombre de demandes d’aide. Après prise de contact avec un centre d’action sociale, un dossier est constitué. La mairie tente tout d’abord de débloquer les aides légales communes puis engage les aides facultatives dont l’accès à l’épicerie. Cette sélection se fait par une commission paritaire réunie par le maire adjoint. En moyenne, 400 personnes ont accès à cette aide, soit environ 150 foyers. Pour un ménage de trois enfants, c’est quarante-cinq euros  par passage. Un chiffre en hausse constante.

 

Un sérieux manque de bénévoles

A l’accueil, une employée de la mairie. Elle a vu le projet naître. Elle est également consciente des difficultés d’un tel projet. Pour une douzaine d’individus par jour, difficile de tout gérer. Pour trois bénévoles de la Croix Rouge en semaine, deux viennent le samedi. “ Il y en a peu, c’est ça le problème”. Et quand il s’agit de donner, la solidarité n’est pas communicative: un particulier peut donner mais “ ça n’arrive que très rarement”. 

A la recherche de partenaires

Pour s’approvisionner, l’épicerie a conclu depuis juin 2015 deux partenariats avec Carrefour et Auchan. Ces derniers sont ainsi les principaux fournisseurs de marchandises de l’épicerie qui profitait auparavant  exclusivement des actions de la Croix Rouge. L’épicerie est donc soumise aux flux de marchandises des grandes surfaces : “ il suffit qu’il y ait des packs de yaourts entamés, des paquets de riz cabossés, nous les récupérons directement ». La distribution des grandes surfaces est très aléatoire: du pot de Nutella  aux sandwiches. Mais c’est le revers d’un partenariat et les grandes surfaces y consacrent aussi une certaine logistique: camions  de transport, personnel engagé. L’épicerie dépend donc des accords conclus avec les grandes surfaces “ On essaye d’en faire avec d’autres magasins mais ils restent réticents”: en effet, l’engagement est important pour les partenaires  qui doivent mettre à disposition des équipes pour le transport notamment.

Une clientèle parfois exigeante

Et comme toute épicerie, il y a des consommateurs intransigeants. On essaye d’apporter des produits de marque comme Buittoni, Daucy, mais les gens sont plus exigeants qu’on  pourrait le penser, ils veulent de la marque, du Monoprix gourmet”. Des clients exigeants franchissent la porte chaque jour, à la recherche de produits de qualité mais également de chèques alimentaires. “ Quand on suit le circuit de ces chèques, la plupart vont au Monoprix ou dans d’autres surfaces plus chères”. Si le rayon des fruits et légumes est boycotté, les plats préparés ne restent pas très longtemps dans les rayons.  Pour Julien Morian, la réponse est simple “les gens vivent dans des préconçus, tout ce qu’ils veulent c’est faire comme tout le monde”.  Pour réguler, l’épicerie a  dosé certains produits. Désormais les clients n’auront droit qu’à une lessive, un produit de nettoyage et un paquet de sucre par mois pour éviter les abus.

Trois ans après sa création, l’épicerie de Courbevoie  reste une des épiceries les plus actives de la région parisienne. Elle cristallise l’ensemble des problèmes auxquels doivent faire face les épiceries solidaires: assurer la sécurité alimentaire élémentaire  tout en jonglant avec les difficultés économiques et organisationnelles.

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