Pour 2017, les militants Républicains de Sciences Po ont choisi depuis longtemps

Les Républicains sont la première association politique reconnue à Sciences Po cette année. Mais qui sont ces militants et comment se positionnent-ils par rapport aux chefs de file à droite ?

Trois heures seulement après l’ouverture du scrutin de reconnaissance des associations à Sciences Po, Romain Millard, le président des jeunes Républicains, affiche un grand sourire. Ce jeudi 1er octobre, son association est la première association partisane à être reconnue par le vote des étudiants. « L’honneur est sauf ! », lance le jeune encarté aux Républicains. Quelques heures plus tard, le Front national prendra la deuxième place devant les deux associations socialistes. Son téléphone vibre. Alain Juppé le félicite personnellement.

Parmi les militants, ceux qui soutiennent Alain Juppé sont loin d’être majoritaires, quitte à faire mentir certains lieux communs. Jason Graindépice est en deuxième année à Sciences Po et soutient Nicolas Sarkozy. Né à Istres (Bouches-du-Rhône) d’un père patron-pêcheur et d’une mère agent comptable, il a pris sa carte à l’UMP alors qu’il était encore collégien.

Pour lui, Nicolas Sarkozy continue d’incarner des idées libéral-conservatrices. Ce qui lui plaît chez lui est sa manière de gouverner, par opposition à son premier rival dans les sondages. « Alain Juppé est dans le consensus, à l’heure où il faut de la force et du clivage », explique-t-il.

Le candidat de l’élite ?

Sur beaucoup de sujets, Jason regrette que le maire de Bordeaux cherche à s’opposer à Sarkozy comme le « moins-disant » sur beaucoup de sujets pour récupérer les voix de la gauche. Néanmoins s’il est opposé à l’adoption par des couples homosexuels, ce sarkozyste confie ne pas approuver son leader sur l’abrogation de la loi sur le mariage homosexuel.

En nombre, les soutiens à Alain Juppé sont plus nombreux à Sciences Po. Jean-Quentin Prats, chemise bleu clair et foulard autour du coup, est bordelais et juppéiste. Et amateur de vin, ayant lui-même un père viticulteur. Il est autant convaincu par l’homme que par son action dans l’aménagement de sa ville.

Aujourd’hui il est en première année rue Saint-Guillaume. D’une famille de cinq enfants, il a grandi dans la classe moyenne aisée, où l’on regarde de haut les chicayas politiques. Ses parents n’ont rien fait pour le pousser à faire Sciences Po. Cela ne l’a pas empêché de militer très tôt. Il s’est engagé aux Républicains le jour de ses 16 ans, l’âge minimum requis pour adhérer, avant d’enchaîner les porte-à-porte, les campagnes par téléphone, le tractage et les réunions chez les habitants.

Ni Sarkozy, ni Juppé

Ce libéral convaincu se destine au master « Finance et Stratégie » pour devenir chef d’entreprise. Mais quand on lui demande quel sera l’enjeu de la prochaine présidentielle, il évoque l’identité française. « Je pense qu’il y a vraiment un problème identitaire en France », assure-t-il. Face au Front national, il est persuadé que c’est d’abord un vote contestataire et que Juppé convaincra ces électeurs.

Pour lui, et malgré son positionnement libéral dans un contexte où une partie des Français les plus modestes se tournent vers Marine Le Pen, il se défend de soutenir le candidat de l’élite, arguant que lorsque l’on propose de réduire les cotisations sociales patronales, on permet aux chefs d’entreprise d’augmenter les salaires.

Si les militants sarkozystes sont relativement sous-représentés à Sciences Po par rapport au reste des militants de droite, les soutiens de Bruno Le Maire sont, eux, beaucoup plus nombreux en proportion qu’ailleurs. Alexandre Freu, étudiant en première année, ne se reconnaît ni dans Sarkozy ni dans Juppé.

Inquiétude démocratique

Alexandre, chemise blanche et mallette en cuir à la main, a grandi dans une petite ville de 3 500 habitants près de Monaco. Lorsqu’il s’est engagé un an après la guerre de succession entre Copé et Fillon à la tête de l’UMP, c’était notamment pour défendre des territoires ruraux, qu’il voyait dépérir. Comme les deux militants précédents, son engagement s’est fait de manière solitaire et rationnelle. La plupart des militants Républicains de l’école sont déjà encartés avant même de réussir le concours de Sciences Po.

Lui se définit comme un néo-gaulliste. Il est particulièrement attaché à l’école républicaine et au mérite d’une part, et d’autre part à l’image de la France dans le monde. Sa mère est commerçante, son père assureur, et le récit national est le lien qui maintient toutes les composantes de la France ensemble.

Mais surtout, le manque de renouvellement de la vie politique est désastreux. « Je n’ai pas envie qu’en 2017 les Français se retrouvent au même match à la présidentielle », insiste ce jeune militant qui, comme beaucoup, voit dans Bruno Le Maire le candidat des jeunes.

Néanmoins, dans la situation où Le Maire ne remporterait pas la primaire de 2016, il confie ne pas pouvoir trancher entre les autres candidats. « Quel que soit le candidat Républicain, je voterai pour lui », assure-il. Si chacun a son chef de file à droite, on est aussi prêt à jouer l’unité. À Sciences Po, les soutiens de Sarkozy et Juppé sont autant terrorisés à l’idée que l’un des deux leaders ne se présente en 2017 en faisant fi du résultat de la primaire.

Raphaël Georgy

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