Réfugiés ou sans-abri, qui héberger en priorité à Paris ?

Début septembre, Pierre Aidenbaum, Maire du IIIe arrondissement de Paris, déclarait mettre un immeuble neuf d’une quinzaine de logements sociaux à disposition des réfugiés. Une décision rejetée par la Mairie de Paris, qui souhaite s’assurer que l’accueil des demandeurs d’asile ne nuit pas aux sans-abris présents sur le territoire français.

« Il s’agit d’une mesure d’urgence, afin d’offrir aux réfugiés qui arrivent en France un accueil digne » déclarait l’entourage du maire début septembre, au moment où la décision est prise de mettre à disposition des réfugiés le petit immeuble neuf de la rue du Vertbois. La date de l’achèvement des travaux coïncide avec celle de l’appel d’Anne Hidalgo à la mobilisation des élus d’arrondissements pour l’accueil des migrants. Bien que l’immeuble soit destiné à devenir une Maison Relai  – c’est-à-dire une résidence sociale pour personnes en situation d’exclusion – le maire, Pierre Aidenbaum décide de donner priorité aux réfugiés. 

« Cette décision ne remet pas en cause le projet social initié par la mairie » déclare-t-il immédiatement. Membre de la commission nationale des droits de l’homme et ancien président de la régie immobilière de la ville de Paris, le maire du IIIe arrondissement n’ignore rien des enjeux de l’hébergement social à Paris. Son positionnement n’est donc pas anodin, il ouvre le débat sur la légitimité de donner priorité aux nouveaux venus par rapport aux personnes en situation de précarité économique ou sociale présentes sur le territoire français. Celui-ci explique que son choix de privilégier les migrants s’impose comme un devoir moral: « On va nous le reprocher, je vais entendre “ah oui mais moi j’attends un logement depuis cinq ans.“ C’est vrai, on va s’expliquer, mais je pense qu’il y a des moments où ces gestes d’humanité sont obligatoires, il faut le faire comprendre aux gens. » Dans le contexte de surexposition médiatique des migrants, le message politique est très efficace. 

Cette conception n’est pas celle de la maire de Paris qui, contre l’avis de l’élu du IIIe, retoque le projet. L’immeuble de la rue du Vertbois ne fait pas partie des huit sites retenus dans le cadre du plan d’accueil des migrants publié ce lundi 12 octobre. Par cet arbitrage, la mairie de Paris affirme son souci de ne pas léser les personnes en difficulté présentes sur le territoire français, par rapport aux nouveaux arrivants. Au contraire, Anne Hidalgo semble vouloir traiter de front les problèmes d’hébergement dans la capitale de ces deux populations en situation de précarité. Une position que la maire de Paris défend sur RTL ce mercredi 14 octobre au micro d’Olivier Mazerolle. Sa citation est immédiatement relayée sur les réseaux sociaux :

La maire a certes salué l’engagement des élus des arrondissement du centre de Paris, à l’image de celle de Pierre Aidenbaum. Mais sa mise au point ressemble à un avertissement: les stratégies de communication autour de l’accueil des migrants sont très efficaces, les gestes de solidarité de chacun sont nécessaires, mais les mesures exceptionnelles risquent parfois de mettre en péril les politiques sociales structurelles. Anne Hidalgo défend au contraire l’idée selon laquelle l’élan de solidarité déclenché par l’afflux de migrants peut générer du progrès social qui profite à tous. En attendant, l’immeuble de la rue du Vertbois reste vide et les sans abris n’en profitent pas plus que les réfugiés pour le moment.

Joséphine Devambez

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